• Accueil
  • > Jean Misère, Eugène Pottier (A Henri Rochefort)

1 mai, 2011

Jean Misère, Eugène Pottier (A Henri Rochefort)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:00

 

Décharné, de haillons vêtu,
Fou de fièvre, au coin d’une impasse
Jean Misère s’est abattu
« Douleur, dit-il, n’es-tu pas lasse ? »
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais ?..

 

Pas un astre et pas un ami !
La place est déserte et perdue.
S’il faisait sec, j’aurais dormi,
II pleut de la neige fondue.
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais ?..

 

Est-ce la fin, mon vieux pavé ?
Tu vois : ni gîte, ni pitance,
Ah ! la poche au fiel a crevé ;
Je voudrais vomir l’existence.
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais ?..

 

Je fus bon ouvrier tailleur.
Vieux, que suis-je ? une loque immonde.
C’est l’histoire du travailleur,
Depuis que notre monde est monde.
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais ?..

 

Maigre salaire et nul repos,
II faut qu’on s’y fasse ou qu’on crève,
Bonnets carrés et chassepots
Ne se mettent jamais en grève.
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais?..

 

Malheur ! ils nous font la leçon,
Ils prêchent l’ordre et la famille;
Leur guerre a tué mon garçon,
Leur luxe a débauché ma fille !
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais ?..

 

De ces détrousseurs inhumains,
L’Église bénit les sacoches ;
Et leur bon Dieu nous tient les mains
Pendant qu’on fouille dans nos poches.
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais ?..

 

Un jour, le ciel s’est éclairé,
Le soleil a lui dans mon bouge ;
J’ai pris l’arme d’un fédéré
Et j’ai suivi le drapeau rouge.
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais ?..

 

Mais, par mille on nous coucha bas ;
C’était sinistre au clair de lune :
Quand on m’a retiré du tas,
J’ai crié : Vive la Commune !
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais ?..

 

Adieu, martyrs de Satory,
Adieu, nos châteaux en Espagne !
Ah ! mourons !.. ce monde est pourri ;
On en sort comme on sort d’un bagne.
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais ?..

 

A la morgue on coucha son corps,
Et tous les jours, dalles de pierre,
Vous étalez de nouveaux morts :
Les otages de la misère !
Ah ! mais..Ah ! mais..
Ça ne finira donc jamais ?..

 

- Paris, 1880.
- texte : Eugène Pottier.
- musique : V.-Joannès Delorme (1888).

 

***********************************************

 
 

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose