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27 avril, 2012

L’écho de plomb et l’écho d’or, Gerard Manley HOPKINS

Classé dans : — unpeudetao @ 9:13

 

L’écho de plomb :
Comment retenir, n’y a-t-il pas quelque chose, quelque chose, n’y a-t-il pas une telle chose, quelque part connue, noeud ou broche, lacet ou lien, loquet, cliquet ou clé pour retenir
La beauté, l’empêcher, la beauté, la beauté, la beauté, de s’évader, s’évanouir ?
Oh, n’y a-t-il pas de froncement possible de ces rides, de ces profondes rides rangées
Pour les effacer ? Pas moyen de renvoyer ces très lugubres messagers, ces silencieux messagers, ces messagers tristes et furtifs du gris ?
Non, il n’y en a pas, il n’y en a pas, oh non, il n’y en a pas,
Et tu ne peux pas être longtemps, comme tu l’es maintenant, appelée belle,
Quoi que tu fasses, oui, quoi que tu fasses,
Et la sagesse est de désespérer vite,
Commence, puisque rien, non, rien ne peut être fait
Pour tenir en échec
La vieillesse et les maux de la vieillesse, les cheveux blancs,
Les fronces et les rides, l’affaiblissement, l’agonie, les affres de la mort, les linceuls, les tombes et les vers et la pourriture où l’on tombe ;
Aussi, commence, commence à désespérer.
Oh, il n’y en a pas ; non, non, il n’y en a pas :
Commence à désespérer, à désespérer,
Désespère, désespère, désespère, désespère.

 

L’écho d’or :
Espère ! Il y a un moyen, oui, j’en connais un (Chut !) :
Mais il n’est pas sous le regard du soleil,
Il n’est pas sous la brûlure du puissant soleil,
Sous le hâle du haut soleil, ou sous l’haleine corruptrice, traîtresse de la terre,
Quelque part, ailleurs, il y en a un, oui, mais où ? Il y en a un, un.
Oui, je peux indiquer une telle clé, je connais un tel endroit
Où tout ce qui de nous est prisé, tout ce qui est jeune et vite s’enfuit loin de nous, tout ce qui nous semble doux en nous, mais est vite effacé de nous,
détruit, défait,
Défait, détruit, bientôt détruit, et pourtant chèrement et dangereusement doux
Et nous, le visage marqué de fossettes, comme l’eau sous le vent, et par le matin inégalé,
La fleur de la beauté, la toison de la beauté, tout cela qui est trop, trop prompt, hélas, à passer,
Plus ne passe, noué par la plus tendre vérité
A son essence même et à la grâce de sa jeunesse, c’est une éternité de jeunesse, oh, c’est une totale jeunesse !
Viens donc, tes façons et tes airs, ta mine, tes boucles, tes atours de jeune fille, ton élégance, ta gaîté et ta grâce,
Tes manières charmantes, tes airs innocents, tes façons de jeune fille, ton doux visage, tes cheveux dénoués, tes longs cheveux, tes accroche-coeur, tes atours aux gaies couleurs, ton élégance, ta grâce juvénile,
Il faut se résigner à y renoncer, les signer, les sceller, les envoyer, les repousser du souffle,
Et avec des soupirs qui montent, montent, les
Abandonner ; cette beauté essentielle abandonne-la, vite, maintenant, longtemps avant la mort,
Rends la beauté, la beauté, rends la beauté à Dieu, qui est la beauté même et le donateur de la beauté,
Vois ; il n’y a pas un cheveu, pas un cil, pas le moindre cil qui soit perdu ; chaque cheveu,
Chaque cheveu de la tête est compté.
Bien plus, ce que nous avions, pour nous alléger, laissé maussade dans le simple humus,
Se sera éveillé, et aura évolué et avancé dans le vent cependant que nous dormions,
Et projeté son centuple à la tête lourde,
Cependant, cependant que nous dormions.
Oh, alors, pourquoi alors cheminerions-nous accablés ? Oh, pourquoi sommes-nous si pâles de coeur, si enserrés de soucis, si tués de soucis, si éreintés, si énervés, si égarés, si encombrés,
Quand ce à quoi nous avons de notre plein gré renoncé est pour nous conservé avec plus de soin et d’amour,
Avec plus de soin et d’amour conservé (et quant à nous, nous l’aurions égaré), avec bien plus, bien plus d’amour
Et de soin conservé ? Où cela conservé ? Oh, dis-nous seulement où, où,
Là-bas, Quoi si haut que cela ! Nous y allons, nous y allons de ce pas,
Là-bas, oui là-bas, là-bas,
Là-bas.

 

Gerard Manley HOPKINS (1844-1899), religieux et poète anglais.

 

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