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4 avril, 2012

La communion des saints, Alfred DESROCHERS

Classé dans : — unpeudetao @ 5:54

 

Le catafalque lamé d’or, devant l’autel,
Hausse un cercueil où dort du sommeil éternel
L’ami dont les ébats égayaient mon enfance.
Les cierges en triangle étoilent le silence

 

Où, sitôt né, s’étouffe un sanglot maternel.
Puis, grave, retentit l’orgue. Le graduel
Implore le pardon et promet la justice
Et j’essuie à ma joue une larme adventice

 

Quand vibrent les accords de la Dies irae.
Et voilà qu’au milieu de ce peuple éploré,
Étranger à moi-même, au fond de moi, j’écoute,
Comme un écho lointain l’effritement du doute.

 

Je ne suis plus celui qui cherche, mais qui voit :
L’espérance et l’amour me renseignent la foi ;
Je n’imagine plus ma chair aux vers promise,
Mais ta splendeur plénière, ô trinitaire Église,

 

Dont les triomphes, les souffrances, les combats,
À l’infini du ciel annexent l’ici-bas,
Et changent, pour tes fils, en faisceaux de lumières,
L’universalité des pleurs et des prières !

 

Église triomphante, ah ! que je te comprends,
Dans la nef apaisée aux nuages d’encens !
Je ne suis plus celui qui marche seul dans l’ombre,
Au travers de sentiers que la broussaille encombre,

 

Et qui frémit d’ouïr ululer le hibou ;
Je redeviens partie intégrante d’un tout
Dont le prolongement se confond en Dieu même !
Je suis l’épi surgi du blé que sa main sème

 

Je n’ai qu’à retrouver ma filiation
Pour réunir en moi le rêve et l’action.
La main que je croyais tendre vers la souffrance
Complète un geste partiel et recommence

 

Un cercle impérieux qui ne boucle jamais.
À ceux-là qui viendront après moi, je remets
Les aspirations, les pleurs, les sacrifices
D’où surgiront des maux futurs et des délices,

 

De même qu’en des temps dont nul ne se souvient,
Un geste inaperçu fut l’ébauche du mien.
C’est un aïeul lointain qui parle en ma prière,
Un de ces doux à qui Jésus remit la terre

 

Quand il leur promettait de posséder le ciel
S’ils voulaient tout quitter pour suivre son appel.
Ils ont conquis pour nous le don de l’espérance
Par leur détachement, leur travail, leur souffrance

 

Ceux qui recherchent Dieu ne perdront aucun bien,
Dit le Psalmiste. Je retrouve le lien
Qui, dans le temps me joint aux enfants de lumière :
Ils ont repris l’élan en suspens de leur père

 

Et découvert ainsi les biens qu’ils poursuivaient ;
Je n’ai qu’à prolonger ce qu’ils établissaient !
Par eux, rien n’est perdu ; le passé vit ; l’essence
De tout ce qui fut bon s’offre à mon appétence ;

 

Je n’ai qu’à m’accorder à mon passé réel
Pour recueillir en moi le rythme universel :
Tous les désirs, tous les chagrins, tous les déboires
Dont peuvent m’assaillir les heures vexatoires,

 

Ces justes les ont sus, qui sont auprès de Dieu !
Si la foi le présume et si l’espoir le veut,
Ces justes me diront, ô triomphante Église,
Comment puiser à ton trésor que rien n’épuise

 

Et comment recevoir la part qui me revient
De l’héritage incorruptible du chrétien !
Comme je te comprends, triste Église souffrante,
Dans la nef où l’espoir des communions chante !

 

Vivre me lie encore à l’ami qui gît là.
C’est un simple fragment de lui qui s’en alla,
Lorsque cessa le souffle à ses lèvres bleuies ;
C’est un simple fragment de nos communes vies

 

Qui tomba, comme tombe au gré du vent du nord
Le délicat ourlet qui se suspend au bord
Des bancs de neige – qui tomba dans l’éternelle
Grandeur où tout succombe et tout se renouvelle,

 

Suivant un rythme par Dieu même façonné.
Je garde encore intact tout ce qu’il m’a donné ;
Tout me rattache à lui d’un lien infrangible :
Il n’est pas de fléau comme il n’est pas de crible

 

Qui puissent séparer ce que le Maître unit.
Quand la secrète, que tout bas le prêtre dit,
Auprès du Dieu vivant pour le mort intercède,
J’allège, en m’y joignant, le remords qui m’obsède :

 

Je reprends à ce mort part du bien et du mal
Dont je fus avec lui le complice et l’égal.
Ô sublime beauté de la foi catholique,
Par elle mon ami revit : je communique

 

Avec ce qui sera, ce qui fut, ce qui est !
Le passé glorieux, le présent inquiet
Permettront au futur de compléter le rêve
Que ne fit qu’ébaucher l’existence trop brève.

 

Prolongement prodigieux auquel concourt
L’éternité ! L’ami ne meurt point. Son amour
Persiste immarcescible au fond de cent mémoires ;
Le sol ne nous prendra que les chairs transitoires

 

Qui se mueront en fleurs au pied de son tombeau ;
Mais son rayonnement nous demeure aussi beau,
En dépit de l’argile épaisse de la fosse,
Qu’aux jours de l’amitié vivante ! Qu’elle est fausse

 

La voix qui m’entretient d’une mort sans retour !
Celui dont l’œil s’est clos à la clarté du jour
Et dont le verbe a renié le mot sonore,
Mais qui, dans le silence obscur, me parle encore,

 

N’a pas à revenir, puisqu’il n’est pas parti !
Un départ se constate en qui l’a ressenti :
Or, par lui, je saisis la science de vivre,
La science qui nous grandit et nous délivre

 

Et révèle à l’esprit, en termes fulgurants,
La solidarité des morts et des vivants !
Comme je te comprends, Église militante,
Dans la nef où la paix nous offre sa détente !

 

Je ne suis plus celui qui croyait marcher seul !
J’ai l’appui d’un ami, les conseils d’un aïeul,
Quand des tentations point la face hagarde ;
Et par eux s’établit un réseau qui me garde

 

Des erreurs de l’esprit, des faux pas de la chair
Et de tous les assauts conjugués de l’enfer.
Et pendant que le prêtre élève son hostie,
Bien loin d’ici, je sens qu’une âme, convertie

 

À notre Dieu par les mérites de la foi,
Sans savoir qui je suis, intercède pour moi ;
Qu’un prêtre inclut ma supplique dans sa collecte
À chacun des instants du jour. Je me délecte

 

D’unir ma voix au triomphal essor des vœux
Qui relie, en son vol miséricordieux,
L’isba de Sibérie à la casbah d’Afrique
Et change ma piteuse oraison en cantique !

 

Espoir et foi noués à la fraternité !
Je me découvre un cœur nouveau. La charité
Rend le faix du prochain plus léger que le nôtre ;
Je porte allègrement la misère d’un autre

 

Qui supporte à son tour le poids qui m’accablait :
Nous sommes l’un à l’autre et seigneur et valet.
Je rentre dans le cours de l’existence humaine,
Je renoue un maillon éclaté de la chaîne,

 

je redeviens la fleur d’où sortira le fruit !
Le soleil a chassé les ombres de la nuit,
Et pendant qu’il répand sur l’orient sa flamme,
Je prends tous les espoirs du matin dans mon âme :

 

Ma prière se multiplie à l’infini,
Englobant les espoirs inquiets du banni
Pour l’horizon natal et l’humble cimetière
Où, sous un tumulus sans croix ni fleurs, sa mère

 

Attend le triomphal clairon du jugement ;
Englobant les espoirs incultes du manant,
Les rêves glorieux du savant à l’étude,
Les élans du malade et son inquiétude,

 

Les remords du pécheur attristé qui voudrait
Effacer de son cœur un douloureux secret,
Et les ferveurs aussi de candeur retrouvée,
Et ma prière monte, à mille autres liée,

 

Irrépressible, vers la source de tous biens,
Monte, monte, liée aux mérites chrétiens,
Si fervente, si forte à la fois, et si grande,
Que Dieu doit accéder à ce que je demande !

 

Et pendant que l’absoute implore, excuse et geint,
Je reconnais la voie ouverte à mon destin !
Triomphante, souffrante et militante Église
Que Jésus-Christ, par ses mérites, divinise,

 

Ton clair rayonnement se ramifie en moi,
Et de la charité, de l’espoir, de la foi,
S’illuminent pour moi tout à coup les arcanes :
Tous les obscurs pourquoi deviennent diaphanes

 

Qui me voilaient ta glorieuse royauté !
Quel spectacle parfait l’univers eût été
Si l’homme avait ouï ce que ta chaire enseigne :
Au lieu d’un monde qui s’affole, pleure et saigne,

 

Qui croupit au milieu de taudis effarants
Et qui tend au Veau d’Or des fringales d’enfants,
Les dons du Saint-Esprit éclaireraient nos routes !
L’humiliation constante des déroutes

 

N’aurait jamais pu croître au soleil des vertus ;
Par des chemins étroits, mais droits et bien battus,
Nous marcherions vers la splendeur des fins dernières !
L’humanité qui se débat dans les ornières

 

Du doute, du désir envieux, du péché,
Connaîtrait le bonheur de ne plus trébucher !
Oh ! ne plus affronter le monde et son angoisse,
Être le chantre obscur d’une pauvre paroisse

 

Et venir chaque jour dans l’ombre du jubé,
Sur quelque vieil harmonium au front bombé,
Répéter avec soin la messe du dimanche !
Ce rêve en moi, comme un oiseau sur une branche,

 

Insidieusement se niche, mais le sort,
Dieu plutôt, m’a placé dans un autre décor ;
Je dois subir encor la ville et ses embûches,
Ses promiscuités, ses mouvements de ruches,

 

Souffrir que la fraternité ne soit qu’un mot
Et que le dévouement lui soit un vain jumeau !
Pourtant, comme en hiver les ombres méridiennes,
Des millions de mains s’allongent vers les miennes,

 

Toutes lourdes d’appels et de dons, et je dois
Soumettre ma piteuse intendance à leurs lois,
je ne m’appartiens pas, ce que j’eus en partage
N’est qu’une fraction du commun héritage

 

Et j’en serai comptable un jour. Aussi, je viens,
Simplement, humblement, tel les premiers chrétiens,
Jeter l’orgueil entre les meules du mystère
Pour qu’il en sorte une farine salutaire

 

Dont ma pauvre, faillible et faible humanité
En poursuivant sa fin pourra se sustenter.
Mon œil de chair se ferme aux jeux de l’apparence :
Au delà de l’esprit, j’adore la substance.

 

Je ne veux rien savoir, sauf le but où je vais.
Voici mon cœur, mon corps, mon âme, accepte-les !
Que ta grandeur, que ta gloire les utilise,
Triomphante, souffrante et militante Église !

 

Alfred DESROCHERS (1901-1978), poète québécois.

 

*****************************************************

 

http://unpeudetao.unblog.fr

 

Pas de réponses à “La communion des saints, Alfred DESROCHERS”

  1. pierre rochette dit :

    BRAVO POUR VOTRE BLOG:)))

    quelle belle sensibilité vous avez pour la poésie
    merci pour ce poème d’Alfred Desrocher.

    Permettez-moi de vous offrir
    une de mes chansons:
    qui parle de La Tuque et Trois-Rivieres
    et dont les paroles et musique
    se retrouvent sur

    http://www.demers.qc.ca
    chansons de pierrot
    paroles et musique

    LE CAMIONNEUR

    COUPLET 1

    j’suis su l’camion 60 heures par semaine
    j’t’aime

    des fois j’triche un peu
    j’fais des heures pour nous deux
    on dormira plus tard
    quand on s’ra des beaux vieux

    moi je vis juste pour toé
    j’ai hâte à fin de semaine
    j’t’aime

    de cogner du marteau
    quand tu fais du gâteau
    t’es si belle au fourneau
    mais j’veux mieux pour ma reine

    REFRAIN

    suffit qu’tu m’dises
    que tu veux changer la cuisine
    enlever l’comptoir à melamine

    pour que la route
    entre La Tuque et Trois-Rivières
    soit la plus belle de l’univers

    COUPLET 2

    j’dors dans l’camion
    4 nuits par semaine
    j’t’aime

    3 heures du matin
    réveille par la fiam
    mon p’tit lit dans cabine
    est ben trop grand pour rien

    j’ai des idées
    pour la salle à manger
    j’t’aime

    j’ai ben hâte d’en jaser
    autour d’un bon café
    j’ai acheté les néons
    ceux qu’tu m’avais d’mandés

    COUPLET 3

    j’suis sul’camion
    quand la neige a d’la peine
    j’t’aime

    quand le vent trop jaloux
    la garoche entre mes roues
    j’ai autour du c.b.
    un vieux chapelet jauni

    tu m’l’as donné
    en pleurant comme une folle
    j’t’aime

    parce que t’es ben croyante
    pis t’as peur quand y vente
    à soir ton camionneur
    rentrera plus d’bonne heure

    REFRAIN FINAL

    suffit qu’tu m’dses
    qu’cest ben plus beau dans ta cuisine
    parce que mes bras en melamine

    te lèvent dans airs
    entre La Tuque et Trois Rivières
    toi la plus belle de l’univers

    suffit qu’tu m’dises
    qu’c’est ben plus beau dans ta cuisine
    parce que mes bras en mélamine

    te lèvent dans airs
    loin de la Tuque et Trois Rivières
    toi la reine de mes je t’aime
    toi la reine de mes je t’aime

    Pierrot,

    vagabond céleste

    Pierrot est l’auteur de l’Île de l’éternité de l’instant présent et des Chansons de Pierrot. Il fut cofondateur de la boîte à chanson Aux deux Pierrots. Il fut aussi l’un des tous premiers chansonniers du Saint-Vincent, dans le Vieux-Montréal. Pierre Rochette, poète, chansonnier et compositeur, est présentement sur la route, quelque part avec sa guitare, entre ici et ailleurs…

    Pierrot
    vagabond céleste
    http://www.reveursequitables.com
    http://www.enracontantpierrot.blogspot.com

    http://www.tvc-vm.com/studio-direct-2-35-1/le/vagabond/celeste/de/simon/gauthier

    MARDI
    5 FÉVRIER 2013
    21HEURES
    Le Gambrinus, 3160 boul. des Forges, Trois-Rivières ; 918-691-3371. Le vagabond céleste accompagné du musicien Benoit Rolland.
    http://www.simongauthier.com

    Maison de la culture Côte-des-Neiges
    5290, chemin Côte-des-Neiges,
    Montréal (Québec), Canada, H3T 1Y2
    514 872-6889
    le 02 avril 2013 à 20h00

    LE VAGABOND CÉLESTE – SIMON GAUTHIER
    Pierrot rêve de tout changer; il troque sa maison contre une paire de bottes, pour aller plus loin dans sa vie ! Depuis, il parcourt le Québec. Le rencontrer, c’est recevoir un grand souffle de poésie qui nous étreint, comme des bras chauds venus nous réconforter durant une nuit d’hiver sans abri ! Un récit émouvant, porteur d’avenir.

    http://surmonterla depression.centerblog.net/26-citations-de-nelson-mandela

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