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7 mai, 2012

La corde au cou (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 3:18

 

      Un homme prétendit un jour être un prophète supérieur à tous les autres. On lui passa une corde au cou et on l’amena devant le sultan. Curieux de connaître l’origine de cette aberration, la foule se rassembla ainsi qu’une fourmilière.
      « Si la pauvreté est un signe de prophétie, disaient les gens, alors nous sommes tous prophètes. Nous sommes bien tous semblables et nous sommes tous également venus de l’autre monde. Qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ?
      – Il y a une chose que vous ignorez, répondit l’homme. Vous êtes venus sur terre par décision du destin mais vous avez voyagé dans l’ignorance, comme un enfant qui dort, inconscient des étapes. Vous avez traversé bien des contrées, dans l’ivresse ou dans le sommeil. Vous n’avez rien su du chemin du haut et du chemin du bas. Nous, nous avons parcouru l’univers avec nos cinq sens et dans les six directions, éveillés et joyeux. Nous avons vu l’origine et la finalité car nos guides connaissaient bien le chemin. »
      Le peuple demanda au sultan de torturer cet homme afin de faire un exemple, mais le sultan remarqua que l’homme était si maigre qu’une simple chiquenaude l’eût assommé. Son corps en était presque transparent.
      Le sultan se dit alors qu’il valait mieux essayer la douceur car un langage tendre fait sortir le serpent de son repaire.
      On fit évacuer le peuple et le sultan, plein de patience et de douceur, lui demanda d’où il venait et s’informa de ses conditions de vie.
      « Ô sultan ! répondit l’homme, ma maison, c’est le pays du salut et ma direction, c’est le pays du blâme. Je n’ai ni demeure ni ami. Comment un poisson pourrait-il habiter sur la terre ? »
      Pour le taquiner, le sultan lui demanda :
      « Quel est ton plat préféré ? » Puis : « Qu’as-tu donc bu pour être ainsi ivre de bon matin ?
      – Si j’avais du pain, répliqua l’homme, je ne prétendrais pas être un prophète ! »
      Prophétiser devant un tel sultan est comme attendre qu’une montagne fasse preuve de coeur. La seule chose que la montagne puisse faire, c’est de renvoyer les mots qu’on lui adresse. Et ce faisant, elle se raille. Il ne sert à rien de parler de la vie à un cadavre. Mais parle d’or ou de femmes et tous te suivront sans même prendre garde à leur existence. Dis-leur : « Une belle femme est amoureuse de toi. Va ! elle t’attend. » Aussitôt, ils courront dans la direction que tu leur indiques.
      Mais, si tu parles le langage de la vérité et dis : « Dans cet univers éphémère, préparons-nous à l’univers de la vérité ! Qu’importe l’éphémère puisque l’éternité est possible ! » Sache alors qu’ils voudront te tuer et ne crois pas qu’ils fassent cela pour protéger leur religion !
      Le sultan demanda :
      « Qu’est-ce que la révélation ? Quel bénéfice un prophète tire-t-il de ses activités ?
      – Tout ce que dit un prophète finit par arriver, répondit l’homme. Peut-il exister un royaume qui ne désire pas se joindre à lui ? La révélation d’un prophète, sans même parler de moi, vaut bien l’inspiration dans le coeur d’une abeille ! La révélation que Dieu a faite à l’abeille a rempli sa demeure de miel. Par sa révélation, Dieu a rempli l’univers de miel ! Et, comme l’homme possède la lumière du coeur, sa révélation ne saurait valoir moins que celle d’une abeille. »

 

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