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14 avril, 2012

La couleur locale, Jacques PREVERT

Classé dans : — unpeudetao @ 17:30

Comme il est beau ce petit paysage
Ces deux rochers ces quelques arbres
et puis l’eau et puis le rivage
comme il est beau
Très peu de bruit un peu de vent
et beaucoup d’eau
C’est un petit paysage de Bretagne
il peut tenir dans le creux de la main
quand on le regarde de loin
Mais si on s’avance
on ne voit plus rien
on se cogne sur un rocher
ou sur un arbre
on se fait mal c’est malheureux
Il y a des choses qu’on peut toucher de près
d’autres qu’il vaut mieux regarder d’assez loin
mais c’est bien joli tout de même
Et puis avec ça
le rouge des roses rouges et le bleu des bluets
le jaune des soucis le gris des petits gris
toute cette humide et tendre petite sorcellerie
et le rire éclatant de l’oiseau paradis
et ces chinois si gais si tristes et si gentils…
Bien sûr
c’est un paysage de Bretagne
un paysage sans roses roses
sans roses rouges
un paysage gris sans petit gris
un paysage sans chinois sans oiseau paradis
Mais il me plaît ce paysage-là
et je peux bien lui faire cadeau de tout cela
Cela n’a pas d’importance n’est-ce pas
et puis peut être que ça lui plaît
à ce paysage-là
La plus belle fille du monde
ne peut donner que ce qu’elle a
La plus belle fille du monde
je la place aussi dans ce paysage-là
et elle s’y trouve bien
elle l’aime bien
Alors il lui fait de l’ombre
et puis du soleil
dans la mesure de ses moyens
et elle reste là
et moi aussi je reste là
près de cette fille-là
A côté de nous il y a un chien avec un chat
et puis un cheval
et puis un ours brun avec un tambourin
et plusieurs animaux très simples dont j’ai oublié le nom
Il y a aussi la fête
des guirlandes des lumières des lampions
et l’ours brun tape sur son tambourin
et tout le monde dans une danse
tout le monde chante une chanson.

 

Jacques PREVERT (1900-1977).

 

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Une réponse à “La couleur locale, Jacques PREVERT”

  1. Cochonfucius dit :

    Les paysans bretons fredonnent un cantique
    En contemplant le ciel rougeâtre du Ponant.
    Les rochers autour d’eux, un décor étonnant,
    La mer dans les lointains, telle une mer antique.

    Non loin de leur taverne, on trouve un cimetière
    Dont les murs sont de roche, et non pas de béton :
    Les noms que l’on y voit sont presque tous bretons,
    La mousse vénérable a recouvert les pierres.

    Prévert leur offre un ours et un charmant poème !
    Pour le coup, c’est la fête, et le vin coule à flots.
    Chantons une chanson, mes braves matelots,
    Une chanson celtique, ainsi que je les aime.

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