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27 octobre, 2014

La danseuse, Khalil GIBRAN

Classé dans : — unpeudetao @ 16:54

Un jour se présenta à la cour du prince de Birkasha une danseuse accompagnée de ses musiciens. Après avoir été admise à la cour, elle dansa devant le prince sur une musique de luth, de flûte et de cithare. Elle éxécuta la danse des flammes ainsi que celle des épées et des lances. Elle éxécuta la danse des étoiles et celle de l’espace puis celle des fleurs virevoltant dans le vent. A la fin, elle se tint devant le trône et s’inclina devant le trône du prince. Et le prince lui fit signe de s’approcher et lui dit :  » Ravissante femme, fille de la grâce et de l’enchantement, d’où vient ton art ? Comment fais tu pour maîtriser tous les éléments dans tes rythmes et tes rimes ? « .. La danseuse s’inclina à nouveau devant le prince et répondit :  » Puissante et gracieuse majesté, je ne saurais vous répondre. La seule chose que je sais est ceci : – L’âme du philosophe habite sa tête. – L’âme du poète se niche dans son coeur, – l’âme du chanteur se love dans sa gorge ; Mais l’âme de la danseuse vit dans son corps tout entier « ..

 

Khalil GIBRAN (1883-1931).

 

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Une réponse à “La danseuse, Khalil GIBRAN”

  1. unpeudetao dit :

    Ce poète de la sagesse est né le 6 janvier 1883 dans le village de Bécharré, dans la partie nord du Liban, non loin des célèbres forêts de cèdres. Le père est collecteur d’impôts pour le compte de l’État ottoman. Il ne semble pas avoir été un père idéal mais plutôt sensible aux vapeurs de l’alcool et à la fumée du narguilé. L’enfant est plus proche de sa mère, Kamila, femme douce à l’esprit large et compréhensif, polyglotte et musicienne, qui encourage l’épanouissement intellectuel de son fils. En 1894, Pierre, le demi-frère de Khalil, alors âgé de 18 ans, lassé de la vie montagnarde, choisit l’exil vers Boston, encouragé et suivi par toute la famille à l’exception du père. Dans ce « nouveau monde », les professeurs découvrent la précocité du génie de Khalil qui, après deux ans d’études intensives, choisit de retourner au Liban en 1898, afin d’y parfaire sa langue natale dans une institution célèbre, « l’École de la Sagesse ». Là, il se familiarise avec l’érudition arabe, le droit international mais aussi l’histoire des religions, la musique et la médecine. Après quatre ans de collège, Gibran retourne à Boston en 1902, en passant par Paris où il apprend la mort de sa sueur Sultana. À cette époque, Khalil voit sa famille « s’ébrancher sur quinze mois ». Après sa sueur, Pierre meurt en 1903 rongé par la tuberculose. Quelques mois plus tard, le 26 juin de la même année, Khalil perd sa mère pour laquelle il avait une adoration quasi divine. Désormais seul avec sa dernière sueur, il affronte ta pauvreté et néglige son travail artistique.
    C’est en mai 1904 qu’apparaît un rayon de soleil en la personne de Mary Haskell. C’est le début d’une longue amitié et une nouvelle étape dans la vie du jeune artiste. Mary devient l’ange gardien inséparable de sa destinée. En 1908, elle lui propose d’aller étudier la peinture aux Beaux-Arts de Paris. En fait, Khalil choisit l’Académie Julien. Le professeur n’est autre que Rodin à qui l’on attribue cette fameuse assertion : « Le monde entier attend beaucoup de ce jeune Libanais, le William Blake du XXè siècle. » À cette charnière de sa vie, Gibran publie aussi une violente critique de la société libanaise, Âmes en révolte, dans laquelle il dénonce aussi bien la corruption des ministres du culte, que les mariages arrangés à des fins financières et politiques.
    D’après Barbara Young, son exécutrice littéraire, ce livre sera brûlé en place publique à Beyrouth, faisant de Gibran un apatride excommunié de l’Église maronite.
    De retour aux Etats-Unis, Gibran quitte Boston en avril 1911 pour vivre à New York. Il s’installe dans un appartement modeste que lui et ses amis surnomment « l’Ermitage ». C’est là qu’il demeurera jusqu’à la fin de ses jours. Plein d’enthousiasme, il travaille dans le silence et la joie, habité par une vision du monde assez différente de celle qu’il avait auparavant à Boston : « Je ne suis plus rêveur. Le monde des rêves est beau. Mais au-delà de ce monde, il est une région où règne l’absolu. » Parallèlement à ses publications, Gibran expose ses toiles et fonde le « Cénacle de la Plume » (Ar-Rabita-Al-Qalamiyya) en compagnie d’une pléiade d’écrivains syro-libanais. C’est une association culturelle dont le but est de publier les ouvrages de ses membres, de traduire en arabe les livres de valeur et de sauvegarder la langue arabe. L’impact de cette association fut si important qu’il contribua à la renaissance des lettres arabes en les délivrant de leur léthargie.
    En 1923, Gibran publie Le prophète. Dès lors son nom est intimement lié au titre de ce chef-d’œuvre. Le succès est immédiat ! Gibran le révolutionnaire devient alors le sage magnanime des cercles littéraires. D’où lui vient cette sagesse ? Dieu seul en est le confident ! Peut-être lui fut-elle insufflée par les femmes au cours de ses rencontres ? Car, s’il fut filial pour sa mère ou épistolaire pour Mary Haskell, l’amour fut omniprésent au cœur de la vie et de l’oeuvre du poète. Parfois, il a revêtu des formes inattendues comme cette liaison littéraire avec May Ziadeh, écrivain libanaise vivant au Caire.
    Dès 1912, ils entretiennent une riche correspondance dont le contenu essentiel est culturel et littéraire. Cet amour insaisissable dans sa vérité et son mystère ne fut jamais transcrit noir sur blanc, mais juste esquissé par le verbe dans un style mythique et imagé. Amour ou simple expression d’un sentiment éthéré ? Cette femme n’apparaît pas comme l’amante mais comme l’autre, l’âme soeur bien-aimée, seul trait d’union avec l’Orient natal.
    Khalil Gibran s’est éteint le 10 avril 1931 à l’Hôpital Saint-Vincent de New York. Il repose désormais dans le monastère de Mar Sarkis, situé dans la vallée sainte Wadi Kadisha, non loin de Bécharré.

    (Extraits de : Mystiques et maîtres spirituels contemporains de Bruno Solt, Ed. Pocket).

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