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1 mai, 2014

La légende de la cloche, Élie FRÉBAULT

Classé dans : — unpeudetao @ 13:37

I  De mon clocher où perche la cigogne.  Ma voix de bronze appelle à la besogne  Le travailleur des champs aux premiers feux du jour.  Et quand l’ombre descend des montagnes altières,  À deux genoux on se met en prières  En entendant tinter mon chant d’amour.  J’arrête au ciel la foudre avant qu’elle ne frappe.  Du voyage ici-bas je marque chaque étape :  Je lance dans les airs mes plus joyeux accords  Lorsque devant l’autel un couple se présente,  Puis, en l’honneur du nouveau-né je chante,  Enfin je pleure avec les morts…

 

Vous dont j’ai chanté la naissance,  Hâtez-vous de devenir grands !…  Autour du drapeau de la France,  Serrez les rangs ! Serrez les rangs !…

 

II  Mais tout à coup éclate un chant de guerre :  Un pas pesant a fait trembler la terre.  Debout ! On sent la poudre… À l’appel des tambours,  L’écho de nos cités répond : Honneur ! Patrie !  Près du foyer désert, la mère prie :  Que de vaillants sont partis pour toujours !  On m’arrache au clocher… Dans la fournaise ardente,  On me jette… Et mon corps sous la lave brûlante  Se tord comme un damné, goutte à goutte se fond.  J’étais cloche ; aujourd’hui, sur les champs de bataille,  À l’ennemi je crache la mitraille…  Mon bronze est devenu canon !…

 

Vous dont j’ai chanté la naissance,  Hâtez-vous de devenir grands !…  Autour du drapeau de la France,  Serrez les rangs ! Serrez les rangs !

 

III  Longtemps ainsi, je semai le carnage  Autour de moi, broyant sur mon passage  L’envahisseur maudit. Mais après vingt combats,  Il me faut reculer. On s’attelle à ma roue,  Puis à travers une sanglante boue,  Mes canonniers me traînent de leurs bras,  L’ennemi nous atteint, – la lutte recommence :  Les miens se font hacher sur moi pour ma défense.  Enfin ils m’ont sauvé dans un suprême effort !  Aujourd’hui je repose et j’ai l’âme meurtrie…  Mais s’il fallait défendre la patrie,  L’airain saurait tonner encor !…

 

Vous dont j’ai chanté la naissance,  Hâtez-vous de devenir grands !…  Autour du drapeau de la France,  Serrez les rangs ! Serrez les rangs !

 

Élie FRÉBAULT (XIXe siècle).

 

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Une réponse à “La légende de la cloche, Élie FRÉBAULT”

  1. 010446g dit :

    Ah! C’est un beau poème!

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Taille d'osier...

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