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16 mai, 2012

La légende du bouvier (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:40

 

      Il était une fois un éleveur de bétail qui avait quitté sa terre natale et s’en était allé très loin gagner sa vie et partager son savoir et son savoir-faire avec les éleveurs d’autres régions.
      Quand il eut atteint le pays où il avait décidé de se fixer, il se présenta comme un expert en bétail. Les éleveurs lui firent fête, car ils étaient très désireux d’apprendre ce qu’il savait.
      « Nous sommes heureux de te connaître, dirent-ils. Nous-mêmes sommes des spécialistes des vaches et des bœufs, et nous avons besoin de gens comme toi, bien que ce pays ne soit pas propice aux bovins : ils tombent très souvent malades, et malgré toute notre science, nous ne pouvons les sauver. »
      Il leur demanda :
      « Et comment nourrissez-vous vos animaux, comment les soignez-vous ? »
      Ils lui décrivirent leurs méthodes, et il vit immédiatement qu’ils empêchaient en fait leurs troupeaux de se multiplier et de prospérer, à cause de conceptions profondément ancrées mais dénuées de tout fondement concernant la nature et l’élevage du bétail.
      Ils imaginaient servir leurs troupeaux, mais leurs sentiments personnels comptaient bien plus pour eux que la nécessité d’élever le bétail de la bonne manière.
      Quand il essaya d’attirer leur attention sur ce point, ils parurent si horrifiés, si consternés qu’il fut obligé de dire : « Je ne faisais que plaisanter, bien sûr vous avez raison de traiter vos animaux comme vous le faites. »
      Parce qu’il avait dit cela, ils lui permirent de s’occuper de leurs vaches et de leurs bœufs. Ils finirent même par le nommer administrateur principal du bétail.
      L’étranger était désormais un expert reconnu dans son pays d’adoption. Mais pour ce qui était de pouvoir exercer son vrai talent, son aptitude à veiller sur le bétail et à le soigner, il se trouvait dans une situation fort difficile.
      Quand les animaux étaient malades, il était contraint par les prescriptions officielles de les soigner avec des remèdes fameux mais inefficaces. Aussi devait-il passer un tiers de ses nuits, au lieu de se reposer, à faire la tournée des étables pour administrer aux troupeaux le traitement curatif approprié.
      Puisqu’il devait aussi nourrir le bétail avec des aliments incomplets – ceux que ces gens considéraient comme les meilleurs -, il lui fallait consacrer un autre tiers de son temps libre à donner en secret au bétail la nourriture dont celui-ci avait réellement besoin.
      Du temps normalement réservé au repos, toujours il ne disposa que d’un tiers.
      Ce mode de vie abrégea ses jours, mais il acquit un grand renom parmi la gent bétaillère, qui voyait en lui un modèle des vertus propres à la sagesse bétaillère, modèle inscrit au cœur de leur histoire et de leurs idéaux.
      Les troupeaux de bovins se développèrent et prospérèrent. Après sa mort, les gens de bétail, perplexes, appliquèrent avec un zèle renouvelé ce qu’ils imaginaient être les solutions correctes permettant d’assurer le bien-être de leurs troupeaux, mais les animaux tombèrent malades et moururent plus souvent encore qu’avant la venue de l’éleveur.
      Or celui-ci avait un fils, auquel il avait fait jurer le secret, et ce fils le remplaça le moment venu. C’est ainsi que fut maintenu, envers et contre tous, le bien-être des gens, et celui de leurs vaches et de leurs bœufs.

 

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Une réponse à “La légende du bouvier (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    Le meilleur joueur, c’est celui qui observe le jeu: demandez-lui.
    Proverbe.

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