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16 novembre, 2008

La légende du médecin caché (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 6:43

      Il était une fois un médecin. En ce temps-là, presque partout sur terre, l’art de la médecine était rudimentaire. C’est pourquoi il décida de diffuser ses connaissances à l’extrême occident du continent où il vivait : dans cette région, connue sous le nom de Gharb, le savoir médical était à peu près inexistant, bien qu’à tout autre égard ses habitants aient élaboré une brillante culture.
      Notre médecin était, il faut le dire, sage autant que savant. Il se renseigna minutieusement sur les populations de la région avant d’aller là-bas. Il fit, entre autres, cette découverte : dès que les gens de Gharb entendaient parler de quelque chose dont l’emploi pouvait être avantageux pour eux, ils avaient tendance à vouloir aussitôt se l’approprier, et à l’utiliser de façon destructrice. En outre, certains tyrans s’emparaient de précieuses informations et les gardaient pour leur usage personnel.
      Le médecin propagea donc la rumeur selon laquelle, dans une contrée lointaine, un docteur inconnu connaissait le remède à quantité de maux. Beaucoup partirent à sa recherche, le plus souvent pour de mauvaises raisons : car ils étaient gens de Gharb. Certains de ces voyageurs avaient un tel désir (faut-il dire une telle avidité ?) de trouver le « merveilleux docteur » qu’ils croyaient vraiment l’avoir trouvé. Parfois ils le rencontraient, sans savoir que c’était lui. Le mal dont ils souffraient ayant disparu, ils attribuaient leur guérison à une cause ou à une autre, ou pensaient même que leur maladie « avait guéri toute seule ».
      En réalité, le docteur, dont Tunique souci était de guérir et de préserver, vivait incognito parmi ses malades.
      Il avait aussi des « représentants » dans d’autres pays. Ceux-ci firent savoir qu’ils détenaient des remèdes contre diverses affections, des remèdes fort coûteux. Mais en réalité ils ne prenaient rien pour eux, et les médicaments ne coûtaient rien. Alors, comment l’argent était-il dépensé ?
      La vérité, c’est qu’il couvrait les frais de voyage du docteur, qui devait souvent parcourir une longue distance pour se rendre en personne auprès du malade, l’examiner, généralement à son insu, et prescrire un traitement. Puisque, pour des raisons essentielles, la procédure suivie était tenue secrète, les malades, constatant que le médicament mettait du temps à agir, supposaient presque toujours que ce délai était fonction du degré d’affinité entre leur organisme et les substances prescrites, alors qu’il correspondait bien sûr au temps qu’il fallait au médecin pour venir jusqu’à eux.
      Imaginez, maintenant, ce qui s’est passé quand le docteur est mort. Tous les intermédiaires, mal informés, continuèrent de parler de la guérison à distance, du temps et du coût. Ils ne savaient pas qu’un autre médecin, désigné par le premier, lui avait succédé et effectuait les soins de la manière qui convenait aux conditions nouvelles et à sa propre individualité. Il ne choisissait pas toujours les mêmes représentants et n’acceptait pas toujours leurs successeurs.

 

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2 réponses à “La légende du médecin caché (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    Le repentir du loup, c’est la mort.
    Proverbe.

  2. mutuelle april dit :

    merci pour cette article

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