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1 mai, 2012

La mosquée cachée (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:59

 

      Il y avait, dans la ville de Rey, une petite mosquée. Personne n’y pouvait rester pendant la nuit et ceux qui le tentaient laissaient derrière eux des orphelins. Bien des solitaires prirent ainsi le chemin du cimetière, au matin d’une nuit passée dans cette mosquée. C’est que des djinns s’étaient emparés de l’endroit et en exterminaient tous les hôtes. Tant et si bien qu’on avait placardé un écriteau sur la porte, qui disait : « Que personne ne reste ici la nuit ! » Certains auraient même voulu que l’on cadenasse la porte afin d’éviter qu’un innocent ne périsse par inadvertance.
      Une nuit vint un étranger. Il avait entendu des rumeurs concernant cette mosquée et voulait en faire l’expérience. Il était courageux et las de vivre. Il se disait :
      « Dieu lui-même nous a dit que les fidèles guettaient la mort. Et moi, je suis fidèle ! »
      Les gens lui dirent :
      « Tu veux dormir ici ? C’est la mort assurée ! Toute personne qui a tenté de passer la nuit ici est morte. Et ce n’est pas une coïncidence, nous en avons eu cent fois la confirmation. Le prophète a dit que la foi porte conseil. Sache bien que nous n’avons nul désir de te cacher la vérité. Allons, sois raisonnable ! »
      Mais l’amoureux répondit :
      « O amis qui me donnez des conseils ! Je ne regrette rien de ce que je fais car, de toute façon, j’en ai assez de la vie. Je suis las et affaibli. Mais je ne suis guère attiré par la santé. Certes, je suis un oisif, mais pas de ces oisifs qui recherchent la mort. Je ne suis pas de ceux qui s’entassent ou mendient dans les bazars. Non ! Non ! Je suis un paresseux qui offre tout ce qu’il possède. Pour moi, mourir et quitter ces lieux sera aussi agréable qu’il est doux à un oiseau de sortir de sa cage. Quand on transporte sa cage dans le jardin, l’oiseau voit les roses et les arbres. Il voit aussi d’autres oiseaux qui volent autour de sa cage. Il est entouré de verdure mais il est prisonnier. C’est pour cette raison qu’il a perdu l’appétit et est devenu paresseux. Celui qui ouvrirait sa cage serait son sauveur ! Mais si la cage est à l’intérieur, dans une pièce pleine de chats, il est bien certain que l’oiseau ne souhaitera pas en sortir. Il préférerait même être emprisonné dans des milliers de cages. »
      Les gens répliquèrent :
      « O toi qui passes par là, viens ! Ne perds pas ta vie. Ce que tu dis est facile en paroles mais deviendra plus dur lorsqu’il s’agira de passer aux actes. Bien des téméraires ont perdu toute fierté à l’instant fatidique. Tu finiras par regretter tout ceci. Les hommes se donnent tous des allures de héros, mais au moment du combat, ils deviennent des femmes d’intérieur. Le prophète a dit : « O héros ! Il n’y a pas de place pour l’héroïsme avant le combat.  » Ne fais pas semblant d’être un héros. Combien en avons-nous vu qui disaient comme toi. Renonce à ton idée et n’attire pas sur toi un malheur dont nous serions responsables ! »
      L’amoureux dit :
      « Ce soir, je dormirai dans cette mosquée, quand bien même vos conseils seraient aussi profitables que ceux de l’ange Gabriel. Abraham n’attendait aucun secours du feu. »
      Il resta donc dans la mosquée mais il ne put s’endormir car le sommeil des amoureux est comme celui des oiseaux et des poissons. Au beau milieu de la nuit, une voix épouvantable se fit entendre, qui disait :
      « Me voici ! J’arrive ! »
      Ceci fut répété cinq fois et la force de cette voix aurait fait frémir n’importe qui. Mais l’amoureux n’en fut guère dérangé. Il se disait :
      « C’est le bruit des tambours que l’on bat pour annoncer la fête. Mais, puisque ce sont les tambours que l’on bat, c’est à eux d’avoir peur. »
      Il se leva comme un guerrier et s’écria :
      « Je suis prêt ! Tu peux venir ! »
      À cet instant même, la magie de cette voix cessa et l’or se mit à tomber de tous côtés. À tel point que l’amoureux dut transporter d’énormes charges d’or pour pouvoir, à l’aube, atteindre la porte de la mosquée. Il en enterra une partie et mit le reste dans des sacs.
      En jouant avec sa vie, cet homme a obtenu un trésor. Si toi, tu es aveugle et peureux, abandonne cette fière apparence.

 

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