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23 août, 2011

La Présence, Thierry Vissac

Classé dans : — unpeudetao @ 10:09

 Comment définir la Présence quand on a choisi de ne pas le faire pendant des années, avec la conscience que les mots la trahissent ?

 

Hier, elle semblait pourtant me murmurer que je pouvais poser quelques pauvres mots sur sa richesse.

 

Il est une onde pure qui se déverse sur notre âme et s’épanche avec douceur dans chaque cellule du corps. Elle surgit à son gré et disparaît un peu de même.
Mais on peut reconnaître une certaine cohérence à ses visites car, si elle vient  à l’improviste, elle est toujours le signe d’une chose qui se prépare ou la conséquence d’une autre qui s’est accomplie.

 

Elle accompagne souvent le don de soi, la grâce du service. Elle vient apaiser un corps longtemps tendu vers des mirages, crispé sur des plaintes absurdes.
Elle indique sans ambiguïté que la paix de l’âme et du corps est une réalité vivante dans l’Abandon.

 

La Présence n’est pas une sensation et encore moins une pensée. Mais le corps réagit quand elle se manifeste, il goûte à une volupté particulière, comme si l’ordre se rétablissait. Le mental s’apaise, son crépitement saccadé se transforme en un léger mouvement d’intelligence.

 

Le regard en est affecté, il semble qu’il imprègne toute chose de la qualité de cette onde intérieure. Les paroles elles-mêmes semblent plus justes, plus appropriées et souvent plus sobres. Parfois, c’est le silence qui s’impose naturellement.

 

Mais cette lave divine qui envahit chaleureusement la conscience est-elle seulement le fruit d’une ascèse ? Est-elle réservée à quelque saint montagnard dans les lointaines contrées mystiques ? Qu’avons-nous fait pour qu’elle s’offre à nous ?  Et le chercheur demande que dois-je faire pour qu’elle vienne à moi également ?

 

Est-elle la conséquence de l’absence de tourment ou serait-elle plutôt celle qui dissout les tourments dans un nouveau regard ?

 

Est-elle la suite logique d’une satisfaction personnelle ou plutôt celle qui éveille une profonde satisfaction indépendamment de l’environnement et des événements ?

 

Est-elle une réalité que l’on peut faire durer et provoquer à volonté ou a-t-elle plutôt une intelligence propre qui ne se contrôle pas et nous montre ainsi la voie de la rencontre ?

 

Les chercheurs aiment l’idée de l’extase, avant même d’en avoir le goût. Et quand, par hasard, ou au cœur d’un Abandon fortuit, ils finissent par en connaître la saveur, ils s’équipent afin de recommencer une ascension qui leur offrirait la répétition de cet instant de joie. Ils ne voient souvent pas que cette tension appliquée pour reproduire quelque chose ne leur appartenant pas personnellement est le meilleur moyen de tenir la Présence à distance. Ils ne voient pas non plus que la saisie de ce moment de grâce les conduit à refuser tous les autres moments, comme si l’extase devait prendre toute la place et que les autres expériences humaines ne devaient plus exister.

 

Le chercheur fait un choix volontaire, comme le drogué. Quand il a goûté à une sensation qui lui plaît, il se consacre à la reproduire, quitte à en perdre la vie.

 

La Présence est synonyme d’ouverture, de flot non retenu, d’Abandon.

 

La quête est synonyme de volonté personnelle et de refus.

 

La volonté de se débarrasser d’une chose et d’en vivre d’autres (de se débarrasser de ses mémoires douloureuses et de ne vivre que la félicité, pour prendre un exemple classique de la quête spirituelle) entre en conflit avec le flot de la vie. Cette volonté de contrôle qui a possédé la plus grande partie des chercheurs (particulièrement dans les pays où la notion de « satisfaction immédiate » est devenue un mode de vie) les détourne finalement de la Présence.

 

Un seul instant consacré simplement à l’autre, en profondeur, sans cette agitation du personnage social qui croit toujours devoir danser d’un pied sur l’autre pour survivre, sans ce rictus du faux-sage qui cherche à maîtriser le singe pour qu’il ne soit surtout pas vu, peut être une invitation à la Présence.
Je n’ai jamais vu que l’on pouvait l’inviter de force mais j’ai constaté maintes fois qu’elle ne décline pas une invitation quand nous redevenons un « passage » pour les différents mouvements de la vie.

 

C’est peut-être, finalement, la meilleure façon de la  dire : Si nous ne sommes plus qu’un passage libre, la Présence s’écoule librement parce que sa nature est d’être un flot limpide. Nous devenons, en tant que volonté (même « volonté spirituelle »), un obstacle à la joie simple d’être vivant. Il faut voir à quel point nous avons investi dans les obstacles alors même que nous appelons l’Abandon pour, peut-être, commencer à envisager de baisser les armes.

 

La Présence me dit maintenant de me taire. La justesse et la belle dignité qu’elle répand sur son passage sont plus probantes que ces mots. Mais sans doute fallait-il simplement rappeler que la Présence passe, que nous en sommes le passage ou l’obstacle et non les propriétaires.

 

Thierry janvier 2008

 

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 Son site et ses textes :

 

www.istenqs.org

 

 

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