• Accueil
  • > La prière pour tous, Andrés BELLO

6 janvier, 2015

La prière pour tous, Andrés BELLO

Classé dans : — unpeudetao @ 9:28

(imitée de Victor Hugo).

 

Ma fille, va prier. L’heure est venue Et de s’interroger et de penser. Le travail a cessé et, sur le monde, L’ombre va déployer son pavillon ; Au souffle de la nuit, l’arbre secoue La poudre du chemin et, dans les voiles Fins du léger brouillard qui l’enveloppe, On voit là-bas trembler la vieille tour. Vois : le couchant de plus en plus resserre L’aire de ses reflets et de ses nacres Et l’étoile du soir, sur la colline, Au bord de l’onde allume son flambeau. Le rustique logis est préparé Pour le frugal souper et, sur le seuil, La ménagère, au milieu des petits, Attend le lent retour du laboureur. Sur le sein bleu de la voûte céleste Surgit, l’un après l’autre, un diamant, Tandis qu’un char lentement fait grincer Dans le lointain sa rumeur cahotante. Tout plonge au cœur de l’ombre : mont, vallée, Ferme, église, chaumière ; une dernière Lueur de jour guide dans le désert Le voyageur qui n’a plus de repère. La nature gémit : le vent dans l’arbre Et l’oiseau dans son nid et la brebis Qui bêle en chevrotant et le ruisseau Dans les replis de son cours fugitif. Le jour connaît les maux et les soucis, Mais voici la placide nuit sereine  Après la peine, après la tâche, l’homme N’aspire qu’au repos et la prière. Le signal sur la terre a résonné : Les enfants maintenant parlent aux anges Et, vers le ciel levant leurs yeux, invoquent, Agenouillés, leur commun Créateur ; Mains jointes et pieds nus, la foi au cœur Et la félicité sur le visage, D’une voix unanime, au même instant, Du père universel quêtent l’amour. Ils vont dormir et, en rondes joyeuses, Voltigeront sur leurs berceaux les rêves, Des rêves d’or, tout transparence et grâce, Que jamais nul pinceau n’osa tracer ; Déjà, sur les fronts lisses, ils se posent, Déjà, ils boivent l’haleine des roses De même que s’abreuvent les abeilles De la fraîcheur des lis et des œillets Comme l’oiseau, pour s’endormir, sous l’aile Cache sa tête, de même l’enfant, Dans la simplicité de la prière Cache, pour s’endormir, son esprit vierge. Douce dévotion qui prie et rit Signe premier de piété naturelle, Arôme de la fleur du paradis, Prélude du futur concert des âmes.

 

Andrés BELLO (1781-1865), poète venezuélien. Traduit par Mathilde Pomès.

 

*****************************************************

 

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose