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12 janvier, 2015

La prière, Ricardo GUTTIÉREZ

Classé dans : — unpeudetao @ 12:42

Écoute cette voix que vers les cieux dirige L’univers qui gémit dans le soir, Et vers le Créateur sublime, élève La prière qui sur ta lèvre se répand : Surprends la strophe que la mer murmure, Contemple le soleil abaissant sa couronne, Ô mortelle créature ! Et plie sur la poussière ton genou. Mère Nature, Quelle douceur gagne l’âme attendrie En ton heure de paix, Et sous l’écho universel de la tristesse ! Et comme dans le profond désir Qu’anime l’immortel esprit, L’espérance boit à ton mystère La majesté qui vers le ciel l’élève ! Tout dans le soir exalte la prière, Tout a dans l’âme universelle son refuge, Et la création, en extase tombée, Comme une harpe éolienne chante sa prière. La mer roule ses vagues gigantesques En un calme et paresseux mouvement Jusqu’au désert des plages solitaires Où somnole le vent : L’ultime crépuscule qui baigne De sa couleur de funèbre évanouissement L’immensité de l’espace infini, Éteint les chatoyants reflets de la montagne, Qui redresse son front Pour contempler le rayon, l’ultime rayon, Du soleil qui s’écroule à l’occident. Le désert paisible Tremble sous le pas du fauve qui s’abrite Au sein de la forêt amie, Plein d’une quête étrange et de douceur : Le bois tumultueux Replie dans le silence son feuillage Sur l’oiseau sauvage Et l’oiseau peureux ; Et telle une âme timide et errante L’ombre sort et dans la forêt épie L’ultime crépuscule du jour Pour étendre son aile vacillante. Solitude, solitude ! Sur ton monde Passe rapidement la brise fugitive Aussi légère que le souffle frémissant Que le râle vient arracher au moribond : On dirait qu’elle dit : « Silence ! » par sa plainte, à la Création. Alors sur la voûte bleutée L’étoile s’ouvre comme les fleurs, Et là-bas, sur son limpide regard, Tout au zénith du globe S’exhale une vague harmonie Qui absorbe l’esprit Et le remplit d’une sublime adoration. Redresse ton front que l’angoisse vaine Plonge dans l’enfer de ton deuil, Ô créature humaine ! Et écoute ce chant qui vers le ciel t’appelle. Ô soir majestueux, Comme tu montres Dieu dans ta grandeur, Comme elle jaillit la vie mystérieuse Sous ton souffle d’immortelle tristesse ! Dans l’écho lointain S’élève une voix qui flatte le cœur Telle la voix du père, telle celle du frère, Et dans le soupir de la brise vague Qui vient sur les cheveux du front Nicher son murmure secret, Oh ! comme le trille affectueux de la mère Semble parler à l’âme attendrie ! Sur la vallée obscure retentit Le hurlement sauvage du torrent Qui roule sur la pente Et s’écroule dans l’antre effrayant : Il brame et se précipite, Sa chute fait trembler l’abîme creux, Et l’écho épouvanté Surgit des gorges pour hurler. La feuille qui balance Fait frissonner le cœur ; On dirait la rumeur légère D’une ombre évoquée, Et dans la lumière tremblante de l’étoile Il y a quelqu’un qui nous envoie un regard. Il y a une plante qui se tord et qui gémit Et qui invoque la pitié Sous le pied prudent qui l’oppresse ; Il y a une branche qui nous effleure au passage, Une branche timide ; Il y a une fleur qui s’épanouit avec délice Et répand sa pluie de pétales Sous l’œil mortel qui la caresse ; Dans les chimères de l’ombre errante S’efface et se dessine Une pâle main qui nous fait un signe Et une lèvre souriante qui nous nomme.. Sur le monde désert La solitude, comme un fantôme, observe, Tandis que ressuscite, et tressaille, et tournoie La vie des choses mortes. Ô mortelle créature ! Ne sent-elle pas Dieu, l’essence de ta vie ? C’est que, fondue à l’âme universelle, Ton âme avec tristesse aspire à Lui ; C’est que la majesté de la grandeur Inonde le cœur de tendresse. Ô soir, beau soir Qui sur le monde fais rouler le firmament Dans le scintillement de ta première étoile ! Tu rends plus douce mon âme esseulée ; Je sens en ton sein une harmonie, je sens Comme un ange qui pleure.. Ô Dieu ! c’est la prière Par laquelle la Création t’adore dans le soir !

 

Ricardo GUTTIÉREZ (1836-1896), poète, journaliste et parlementaire argentin.

 

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