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28 juillet, 2010

La question du Printemps, Vladimir Maiakovski

Classé dans : — unpeudetao @ 6:25

J’ai de terribles soucis.
Sans doute
vais-je perdre le sommeil.
Vous comprenez
bientôt
en Russie soviétique
arrive le printemps.
Aujourd’hui
comme demain
et dans les siècles des siècles
la chambre vacille
ivre de soleil.
Impossible de travailler.
Une agitation caractérisée.
À vrai dire
aucun motif à cet émoi.
Si l’on raisonne sérieusement
c’est très simple
Le soleil va briller
puis passer.
Mais voilà essayez donc
d’ôter le chat de la fenêtre.
Or si la rue intéresse si fort les animaux
à moi elle est absolument indispensable.
Je suis sorti
mais une certaine paresse,
une langueur
immobilise mon corps.
Je n’ai pas la moindre idée
de ce que je pourrais bien faire.
La pluie
m’arrose sans vergogne
le col et le nez.
Je m’écoute,
me secoue sans succès,
c’est comme une humeur étrange.
Juridiquement
va où tu veux.
En fait
impossible de bouger.
Ainsi
on me tient pour un bon poète.
Je peux prouver
disons
que le tord-boyaux est un grand mal
mais cela
comment parler de cela ?
pas le moindre mot qui convienne !
Les fonctionnaires soviétiques
ont bien barbouillé la ville de mots d’ordre
saluez le printemps !
des salves en son honneur !
mais ils ne savent plus
répondre aux gouttes
par une parole qui vaille.
On est là,
on regarde l’air distrait
les concierges
casser la glace.
On a les pieds dans l’eau,
de vraies piscines.
Sur les côtés ça vous éclabousse,
d’en haut ça coule.
Il faut prendre des mesures.
Je ne sais pas moi
par exemple
choisir un jour
le plus bleu
et que dans les rues
des miliciens souriants
distribuent
à tous
ce jour-là
des oranges.
Si c’est trop cher
il y a moins coûteux,
plus simple
par exemple
que les vieillards
les travailleurs en congé,
les enfants d’âge préscolaire
à midi
chaque jour
se rassemblent sur la Place Soviétique
et crient trois fois :
Hourra !
Hourra !
Hourra !
Car enfin toutes les autres questions
sont plus ou moins éclaircies
celle du pain
celle de la paix aussi.
Mais
cette question cardinale
du printemps
il faut
coûte que coûte
la régler sur-le-champ.

 

Vladimir Maiakovski, (Russie, 1893 1930).
(« La question du Printemps » dans Maïakovski par lui-même).
(Traduit par Claude Frioux).

 

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