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27 août, 2011

La religion, Khalil Gibran

Classé dans : — unpeudetao @ 17:13

Et un vieux prêtre dit :

 

Parle nous de Religion.

 

Et il dit :

 

Ai-je parlé aujourd’hui d’autre chose ?

 

La religion n’est elle pas toute action et toute réflexion,

 

Et tout ce qui n’est ni action ni réflexion, mais merveille et surprise jaillissant sans cesse de l’âme, même alors que la main taille la pierre ou tend le métier ?

 

Qui peut distinguer sa foi de ses actes ou sa conviction de ses occupations ?

 

Qui peut étaler ses heures devant lui et dire, « Ceci est pour Dieu et ceci pour moi même ; ceci pour mon âme et ceci pour mon corps » ?

 

Toutes vos heures sont des ailes qui battent à travers les airs entre soi et soi.

 

Celui qui porte sa moralité comme son plus beau vêtement ferait mieux d’aller nu.

 

Le soleil et le vent ne feront pas d’accroc dans sa peau.

 

Et celui qui règle sa conduite sur des principes moraux met en cage son oiseau chanteur.

 

Le plus libre, ce n’est pas le chant qui s’échappe des barreaux et des grilles.

 

Et celui pour qui la dévotion est une fenêtre, à ouvrir mais aussi à fermer, n’a pas encore visité la maison de son âme aux fenêtres ouvertes, de l’aurore à l’aurore.

 

Votre vie de chaque jour est votre temple et votre religion.

 

Lorsque vous y entrez, prenez vous tout entier avec vous.

 

Prenez la charrue et la forge et le maillet et le luth,

 

Les objets que vous avez façonnés par nécessité ou par plaisir.

 

Car en votre rêverie vous ne pouvez vous élever au dessus de vos réalisations ni tomber plus bas que vos échecs.

 

Et prenez avec vous tous les hommes :

 

Car en votre dévotion vous ne pouvez voler plus haut que leurs espoirs ni vous abaisser plus bas que leur désespoir.

 

Et si vous voulez connaître Dieu, ne vous posez pas en interprète d’énigmes.

 

Regardez plutôt autour de vous et vous Le verrez, jouant avec vos enfants.

 

Et regardez vers l’espace ; vous Le verrez marchant sur un nuage, les bras ouverts au milieu des éclairs et descendant en pluie.

 

Vous Le verrez souriant parmi les fleurs, puis se levant et agitant ses mains dans les arbres.

 
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http://unpeudetao.unblog.fr

 
 

Une réponse à “La religion, Khalil Gibran”

  1. unpeudetao dit :

    (Bécharré, 1883 ; New York, 1931).

    Ce poète de la sagesse est né le 6 janvier 1883 dans le village de Bécharré, dans la partie nord du Liban, non loin des célèbres forêts de cèdres. Le père est collecteur d’impôts pour le compte de l’État ottoman. Il ne semble pas avoir été un père idéal mais plutôt sensible aux vapeurs de l’alcool et à la fumée du narguilé. L’enfant est plus proche de sa mère, Kamila, femme douce à l’esprit large et compréhensif, polyglotte et musicienne, qui encourage l’épanouissement intellectuel de son fils. En 1894, Pierre, le demi-frère de Khalil, alors âgé de 18 ans, lassé de la vie montagnarde, choisit l’exil vers Boston, encouragé et suivi par toute la famille à l’exception du père. Dans ce « nouveau monde », les professeurs découvrent la précocité du génie de Khalil qui, après deux ans d’études intensives, choisit de retourner au Liban en 1898, afin d’y parfaire sa langue natale dans une institution célèbre, « l’École de la Sagesse ». Là, il se familiarise avec l’érudition arabe, le droit international mais aussi l’histoire des religions, la musique et la médecine. Après quatre ans de collège, Gibran retourne à Boston en 1902, en passant par Paris où il apprend la mort de sa sueur Sultana. À cette époque, Khalil voit sa famille « s’ébrancher sur quinze mois ». Après sa sueur, Pierre meurt en 1903 rongé par la tuberculose. Quelques mois plus tard, le 26 juin de la même année, Khalil perd sa mère pour laquelle il avait une adoration quasi divine. Désormais seul avec sa dernière sueur, il affronte ta pauvreté et néglige son travail artistique.

    C’est en mai 1904 qu’apparaît un rayon de soleil en la personne de Mary Haskell. C’est le début d’une longue amitié et une nouvelle étape dans la vie du jeune artiste. Mary devient l’ange gardien inséparable de sa destinée. En 1908, elle lui propose d’aller étudier la peinture aux Beaux-Arts de Paris. En fait, Khalil choisit l’Académie Julien. Le professeur n’est autre que Rodin à qui l’on attribue cette fameuse assertion : « Le monde entier attend beaucoup de ce jeune Libanais, le William Blake du XXè siècle. » À cette charnière de sa vie, Gibran publie aussi une violente critique de la société libanaise, Âmes en révolte, dans laquelle il dénonce aussi bien la corruption des ministres du culte, que les mariages arrangés à des fins financières et politiques.
    D’après Barbara Young, son exécutrice littéraire, ce livre sera brûlé en place publique à Beyrouth, faisant de Gibran un apatride excommunié de l’Église maronite.

    De retour aux Etats-Unis, Gibran quitte Boston en avril 1911 pour vivre à New York. Il s’installe dans un appartement modeste que lui et ses amis surnomment « l’Ermitage ». C’est là qu’il demeurera jusqu’à la fin de ses jours. Plein d’enthousiasme, il travaille dans le silence et la joie, habité par une vision du monde assez différente de celle qu’il avait auparavant à Boston : « Je ne suis plus rêveur. Le monde des rêves est beau. Mais au-delà de ce monde, il est une région où règne l’absolu. » Parallèlement à ses publications, Gibran expose ses toiles et fonde le « Cénacle de la Plume » (Ar-Rabita-Al-Qalamiyya) en compagnie d’une pléiade d’écrivains syro-libanais. C’est une association culturelle dont le but est de publier les ouvrages de ses membres, de traduire en arabe les livres de valeur et de sauvegarder la langue arabe. L’impact de cette association fut si important qu’il contribua à la renaissance des lettres arabes en les délivrant de leur léthargie.

    En 1923, Gibran publie Le prophète. Dès lors son nom est intimement lié au titre de ce chef-d’œuvre. Le succès est immédiat ! Gibran le révolutionnaire devient alors le sage magnanime des cercles littéraires. D’où lui vient cette sagesse ? Dieu seul en est le confident ! Peut-être lui fut-elle insufflée par les femmes au cours de ses rencontres ? Car, s’il fut filial pour sa mère ou épistolaire pour Mary Haskell, l’amour fut omniprésent au cœur de la vie et de l’oeuvre du poète. Parfois, il a revêtu des formes inattendues comme cette liaison littéraire avec May Ziadeh, écrivain libanaise vivant au Caire.
    Dès 1912, ils entretiennent une riche correspondance dont le contenu essentiel est culturel et littéraire. Cet amour insaisissable dans sa vérité et son mystère ne fut jamais transcrit noir sur blanc, mais juste esquissé par le verbe dans un style mythique et imagé. Amour ou simple expression d’un sentiment éthéré ? Cette femme n’apparaît pas comme l’amante mais comme l’autre, l’âme soeur bien-aimée, seul trait d’union avec l’Orient natal.

    Khalil Gibran s’est éteint le 10 avril 1931 à l’Hôpital Saint-Vincent de New York. Il repose désormais dans le monastère de Mar Sarkis, situé dans la vallée sainte Wadi Kadisha, non loin de Bécharré.

    Extraits de : Mystiques et maîtres spirituels contemporains de Bruno Solt, Ed. Pocket

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