9 juillet, 2009

2. La maladie

Classé dans : — unpeudetao @ 6:26

 

 

 

Pendant l’enfance, j’ai été affligé d’un asthme bronchique qui rendait la respiration extrêmement laborieuse et souffrante. Et même si cette maladie n’apparaissait
que périodiquement – surtout du printemps à l’automne, quand le pollen des fleurs, les semences d’herbes et les fruits minuscules de plantes sauvages flottaient
librement dans l’air des plaines, elle m’a tout de même cloué au lit durant des semaines d’affilée, depuis l’âge de 6 ans  jusqu’à 21 ans. (Peut-être que
la cause de ce malaise, en plus de l’allergie aux pollens, était ma réaction à une impression de rejet, ou peut-être que j’avais inconsciemment embrassé
la solitude comme moyen de me libérer un jour de celle-ci?). Toujours est-il qu’au dire de mes frères et sœurs, j’étais un enfant plaignard qui irritait
constamment l’ensemble de la famille.  Autant que je me souvienne, je ne me sentais pas désiré. Je me sentais de trop. Mais ce sentiment qui meublait ma
solitude n’était pas dû uniquement à la maladie.  Il était sans doute accentué par la présence du dernier de la famille, le frère qui me suivait et qui
me portait ombrage.  Car il était beau avec ses boucles dorées et ses yeux de pervenche, il avait tous les talents et trônait à table sur sa petite chaise
haute entre maman et papa dont il recevait toutes les attentions, alors que moi, détrôné, j’étais tapis dans le coin opposé, entre l’aîné et le papa qui
m’ignorait tout simplement. Sans doute qu’à l’époque où j’étais le bébé, j’ai dû me sentir déclassé par l’apparition de ce ¨petit prince¨, et bien que
ma jalousie à son égard ait été larvée, je me souviens qu’à 8 ans, j’ai tenté, lors d’une petite altercation, de le tuer au moyen d’un gros bâton.  Toute
la frustration qui s’était accumulée en moi par réaction à ¨l’usurpateur¨ allait enfin éclater ouvertement.  Mais cela ne m’avait pas guéri de ma solitude
ni de mon asthme, car ce n’était pas le fait qu’un autre soit plus aimé que moi qui me dérangeait, mais que moi je ne sois pas aimé.

 
Toutefois, si je vivais de solitude, je n’étais pas vraiment coupé de la famille. Nous étions 11 enfants et ma mère qui en avait plein les bras prodiguait
son attention à chacun selon ses moyens. Et même si pendant les longues périodes de maladie je dormais à l’étage, sans recevoir de visite sauf pour une
potion, un bouillon ou une crème anglaise que m’apportait ma mère entre deux brassées de lavage, il reste que je n’étais pas comme tel isolé, puisque j’entendais
le chahut de la maisonnée et des gens qui s’affairaient à leurs tâches journalières. Ces bruits me rappelaient la Vie. (Mais en revanche, ce qui creusait
l’ennui et la mélancolie, c’était le bourdonnement continuel de la ligne téléphonique fixée au mur auquel mon lit était adossé. Cette sonorité monotone
et feutrée, tout comme le triste plafond de plâtre devenu gris, créaient autour de moi et en moi un vaste champ de solitude. Il n’y avait pas de musique
pendant que j’étais allongé par la maladie, pas même un chant murmuré.) Toutefois, avec le recul de 60 ans, je vois que pendant mon enfance, j’ai vécu
dans la solitude plutôt que dans l’isolement. Car je n’étais pas physiquement rejeté ou mis à l’écart, ce qui serait pour moi une définition de l’isolement.
En revanche, j’étais psychologiquement à l’écart, je me sentais en dehors, seul.  Autrement dit, je vivais l’état intérieur (subjectif) de celui qui se
sent séparé des autres (par nostalgie, ennui, manque ou rejet) et qui en souffre secrètement. J’interprétais cet état comme étant dû à une incompréhension
de la part des autres, mais en réalité, il était dû à mes propres réactions émotives. Alors que l’isolement serait l’état physique (objectif) d’une personne
séparée des autres, placée dans un lieu à l’écart, en revanche la solitude évoquerait un sentiment, une réaction vis-à-vis des autres et de leur ¨éloignement¨,
de ces autres dont on attend de la tendresse, de l’attention ou simplement de la présence.

 

 

Une réponse à “2. La maladie”

  1. unpeudetao dit :

    Placide GABOURY est un essayiste, professeur, peintre et pianiste professionnel canadien (1928-2012).

    Il fut jésuite de 1949 à 1983.
    On lui attribue aussi l’expansion du New Age au Québec, en partie suite à la publication de son ouvrage en 1978 : la voie initiatique. En 1990, il prend ses distances avec ce courant qu’il dénonce alors, comme « une foire spectaculaire, un marché aux évasions » où les adeptes seraient  » empêtrés dans des recettes de pacotille « .
    Sa vision de la spiritualité lui fait dire que « toute croissance implique une souffrance » et que  » les gens du New Age sont de grands bébés qui veulent atteindre au bonheur sans souffrance « .
    Il critique également sévèrement la pensée positive, qu’il voit comme un instrument de l’ego qui voudrait créer la présence divine.

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose