9 juillet, 2009

3. L’absence de confiance

Classé dans : — unpeudetao @ 6:28

 

 

Pendant toute l’adolescence et bien après avoir atteint l’âge adulte, j’ai vécu dans une complète absence de confiance.  La solitude créée par l’asthme
était magnifiée par le manque total de confiance en moi. Comme je n’étais pas doué pour les sports, à cause de mon absence périodique des activités scolaires,
je me sentais forcément diminué aux yeux des élèves. Même si je réussisais bien  aux études, une fois que je rentrais à la ferme du père, j’étais brutalement
confronté à mes incapacités physiques et manuelles. Mon père était un excellent fermier, mais il ne savait pas déléguer ses pouvoirs. De ses 7 garçons,
aucun n’a repris son métier. Et comme j’étais moins qu’un homme à ses yeux, étant donné que selon lui je me rendais malade par paresse, il n’y avait entre
nous aucun terrain d’entente.  Très souvent, il me ridiculisait devant les autres en faisant remarquer ma gaucherie et mon manque complet d’habileté aux
travaux de la ferme. Il faisait même rire ses autres fils sur le dos de mes maladresses. Au temps de la fenaison, il m’envoyait avec mon frère entasser
le foin dans le grenier, pendant que montaient les abondantes ¨fourchetées¨ et que le grenier se remplissait de poussière. J’étouffais copieusement et
cela déclenchait souvent des crises d’asthme.  Puis, un jour, en ma présence, mon père poussa l’humiliation jusqu’à vouloir convaincre ma mère que je serais
incapable de conduire 4 chevaux traînant une herse – une des fonctions les plus simples à accomplir pour un cultivateur de l’époque. J’en sortis complètement
défait, au point que je n’ai pu retrouver ma confiance avant une trentaine d’années.

 
Le manque de confiance en soi est une des formes de solitude les plus difficiles à vivre. Cette absence de confiance avait créé un repliement chronique.
 J’étais divisé contre moi-même, terrifié de paraître en public, de parler devant la classe, de chanter ou de jouer du piano devant la ¨visite¨. Toute
parution en public me glaçait. Il n’y a que dans les matières de classe où je pouvais me perdre sans pouvoir être rejoint ou atteint par les autres. (C’était
là seulement que ma solitude se perdait dans une plénitude.) C’est justement au moyen des études que j’ai pu lentement reprendre confiance en moi. J’en
faisais un instrument de revanche contre mon père. Étant donné que je ne pouvais être son égal au plan physique et que j’étais tout à fait indigne de sa
confiance, j’allais exceller aux travaux de l’esprit et même l’humilier autant que je le pouvais de son ignorance et de son peu de culture. La colère,
la haine, le mépris que je nourrissais à l’égard du père allaient être vengés par une supériorité intellectuelle!  Ce serait, pensais-je, ma façon de sortir
de moi-même, de me réaliser.  (Mais inconsciemment, ce qui me motivait, c’était encore et toujours le besoin d’être approuvé, admiré, aimé d’une figure
parentale.

 

 

Une réponse à “3. L’absence de confiance”

  1. unpeudetao dit :

    Placide GABOURY est un essayiste, professeur, peintre et pianiste professionnel canadien (1928-2012).

    Il fut jésuite de 1949 à 1983.
    On lui attribue aussi l’expansion du New Age au Québec, en partie suite à la publication de son ouvrage en 1978 : la voie initiatique. En 1990, il prend ses distances avec ce courant qu’il dénonce alors, comme « une foire spectaculaire, un marché aux évasions » où les adeptes seraient  » empêtrés dans des recettes de pacotille « .
    Sa vision de la spiritualité lui fait dire que « toute croissance implique une souffrance » et que  » les gens du New Age sont de grands bébés qui veulent atteindre au bonheur sans souffrance « .
    Il critique également sévèrement la pensée positive, qu’il voit comme un instrument de l’ego qui voudrait créer la présence divine.

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