9 juillet, 2009

4. Le conflit avec l’autorité

Classé dans : — unpeudetao @ 6:30

 

 

Lorsque mon père mourut, j’avais 18 ans.  C’était pour moi un évènement libérateur.  Le père parti, j’étais plus souvent avec ma mère qui s’était rapprochée
de moi : je retrouvais un peu de cette attention qu’on m’avait ¨usurpée¨.  Mais cette accalmie n’allait pas durer, j’entrais chez les jésuites à 21 ans.
 Sans m’en apercevoir, je me précipitais dans la gueule du loup : j’étais livré à une organisation religieuse dont l’axe central était l’obéissance, c’est-à-dire
la soumission à l’autorité.  Du reste, les supérieurs s’appelaient ¨mon père¨ et j’ai vite compris que je ne m’en tirerais pas si facilement avec l’autorité.
 J’ai vu clairement que l’on ne peut fuir son passé ni soi-même.  Par conséquent, pendant ces 34 ans, j’ai dû confronter à la fois mon manque de confiance,
ma solitude et mon conflit avec l’autorité.

 
Pendant longtemps, j’ai connu la vie en communauté.  Mais c’est peut-être là que j’ai rencontré la plus grande solitude.  Même si la communauté passait
de longs moments ensemble à ¨fraterniser¨, comme on disait, chacun retournait éventuellement dans sa chambre, qui était pour plusieurs un refuge contre
la solitude ou une fuite de la communauté, de la communion avec les autres. En effet, si pendant la récréation il y avait eu une chaude discussion sur
un sujet brûlant – la politique, la religion, la morale ou même les sports – chacun rentrait dans sa chambre dès que montaient les éclats de voix et les
tensions.  On évitait à tout prix l’expression complète de ses émotions. Ainsi, personne n’arrivait à se confronter à l’autre, puisque personne ne se donnait
l’occasion de se connaître lui-même dans un moment de passion et d’émotivité excessive. Chacun s’enfermait chez soi, pour y chercher une solitude (perçue
comme une consolation, puisque la mise à jour des émotions cachées avait été évitée) ou encore pour fuir la solitude, en retrouvant son cocon, ses bibelots,
ses occupations préférées. Dans les deux cas, on vivait enfermé en soi-même, ce qui décrit bien une personne qui se sent seule. Or, être enfermé en soi-même
ou prisonnier de soi, ce n’est pas vivre dans le bonheur ou la paix, mais dans la guerre intérieure. S’enfermer en soi, c’est refuser autant de communiquer
avec soi-même qu’avec le monde extérieur (qui est du reste toujours en nous). C’est ne pas vouloir visiter ses bas-fonds et apprendre à se réconcilier
avec son passé, avec son vécu. C’est ne pas s’accorder pleinement avec toute sa vie, c’est-à-dire avec la totalité de ce que l’on est.  Être enfermé sur
soi, c’est vivre déchiré, sans amour.  Cela est fort semblable à une absence de confiance en soi.

 

 

Une réponse à “4. Le conflit avec l’autorité”

  1. unpeudetao dit :

    Placide GABOURY est un essayiste, professeur, peintre et pianiste professionnel canadien (1928-2012).

    Il fut jésuite de 1949 à 1983.
    On lui attribue aussi l’expansion du New Age au Québec, en partie suite à la publication de son ouvrage en 1978 : la voie initiatique. En 1990, il prend ses distances avec ce courant qu’il dénonce alors, comme « une foire spectaculaire, un marché aux évasions » où les adeptes seraient  » empêtrés dans des recettes de pacotille « .
    Sa vision de la spiritualité lui fait dire que « toute croissance implique une souffrance » et que  » les gens du New Age sont de grands bébés qui veulent atteindre au bonheur sans souffrance « .
    Il critique également sévèrement la pensée positive, qu’il voit comme un instrument de l’ego qui voudrait créer la présence divine.

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose