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11 octobre, 2015

La Vierge au cœur d’or, Charles-Eugène HARPE

Classé dans : — unpeudetao @ 5:22

I. Sainte Vierge au Cœur d’or, qui trônez sur l’autel Où l’aïeul vous plaça dans un geste immortel, Après avoir taillé du plus pur bois d’érable Les plis de votre robe où pend un chapelet, Les guirlandes de vigne aux gradins du retable Et sur le tabernacle, en frise, un agnelet  Vers lequel vous jetez des yeux de complaisance En étendant les bras, prenez pitié de nous, Pauvres bourgeons issus du vieux rameau de France ! Ce peuple qui vous aime et vous chante à genoux Lorsque mai reverdit les branches séculaires, Et qui s’assemble encore à l’ombre des calvaires, Comme pêcheurs d’Armor au son du biniou, Pour recueillir, au soir, la grâce des rosaires, Ce peuple, vous l’avez – au temps des matelots Qui prenaient hardiment la manœuvre des voiles – Sauvé plus d’une fois en apaisant les flots Des célestes reflets du phare des étoiles !

 

II. Ave Maris Stella ! Sous le Cap Diamant Montait cette clameur de fière délivrance ! Puis l’on vit s’élever, rustique monument, Le clocher d’aune église à votre Recouvrance, Ô Notre-Dame ! Et c’est ainsi qu’en ex-voto, Les gars de la Rochelle et ceux de Saint-Malo, Dont la mer soulevait les blanches caravelles, En bûchant la forêt érigeaient des chapelles Pour honorer, au temps des résurrections Du mois d’amour, ce nom tout-puissant de Marie, Et quand la moisson d’or ruisselle en la prairie, Chanter l’alléluia de son Assomption !

 

III. Ce peuple, comme un fruit des antiques croisades, A produit cent pour un ! Vierge, rien n’est changé Dans notre foi depuis les anciennes bourgades, Depuis qu’un Quévillon, depuis qu’un Baillargé Vous sculptaient des autels et des traits symboliques, Plus émouvants que les marbres ides basiliques. Rien n’est changé. La guerre a pris de nos enfants, Et d’autres sont partis, phalènes, vers la ville, Mais le bon paysan de chez nous dort tranquille Parce qu’il sent sur lui vos regards triomphants. Sainte Vierge au Cœur d’or, gardez-mous nos villages Où tout est simple, où tout est ban, où tout est beau, Où la fraternité domine tous les âges, Où l’on a le respect du prêtre et du tombeau ! Nous sommes vos enfants, vos sujets, votre armée ! Ô Vierge des aïeux, Vierge des premiers jours, Gardez-nous la maison, la terre bien-aimée Où les Français d’hier seront Français toujours !

 

Charles-Eugène HARPE (1909-1952), poète québécois.

 

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