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18 mai, 2012

L’âne meurtri (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:37

 

      Il y avait un porteur d’eau qui possédait un âne d’un caractère acariâtre et las de l’existence. Les fardeaux avaient meurtri son dos et cet inconsolable n’espérait plus que la mort. Le manque de nourriture le faisait cruellement souffrir et il rêvait continuellement d’un picotin de paille. De plus, l’aiguillon avait laissé sur ses flancs des plaies douloureuses.
      Or, le palefrenier en chef du palais du sultan connaissait le propriétaire de cet âne. Un jour, il le croisa sur son chemin. Il le salua et, voyant l’état de son âne, il fut pris de pitié.
      « Pourquoi cet âne est-il aussi décharné ? demanda-t-il.
      – Ma pauvreté en est la cause, répondit l’homme. Moi aussi, je suis dans le besoin et mon âne doit se passer de toute nourriture. »
      Le palefrenier lui dit :
      « Confie-le-moi pour quelques jours afin qu’il profite un peu des avantages de l’écurie du sultan. »
      L’homme lui confia donc son âne et celui-ci fut installé dans les écuries du palais. Là, il vit des chevaux arabes, fringants et luisants, pourvus d’une bonne litière et d’une nourriture abondante. Le sol était propre et net. Jamais rien ne venait à manquer. En voyant qu’à tout moment ces chevaux étaient étrillés, l’âne leva les yeux au ciel et dit :
      « Ô mon Dieu ! Bien que je ne sois qu’un âne, je suis cependant l’une de tes créatures. Pourquoi alors dois-je endurer cette misère et tous ces tourments ? Je passe mes nuits à appeler la mort de mes voeux à cause de mon dos perclus et de mon ventre vide. Par comparaison, le sort de ces chevaux me paraît particulièrement enviable. Est-ce que, par hasard, toutes ces épreuves me seraient réservées à moi seul ? »
      Or un jour, la guerre éclata. Les chevaux furent sellés et partirent au combat. Quand ils revinrent à l’écurie, ils étaient tout ensanglantés, blessés de tous côtés d’innombrables coups de lances ou de flèches. On les fit rentrer dans l’écurie et ils furent entravés afin que le maréchal-ferrant, muni de sa lancette, puisse officier. Et ce dernier commença à entailler les blessures afin de retirer les pointes de flèches. En voyant tout cela, l’âne se dit :
      « Ô mon Dieu ! En fin de compte, je suis satisfait de mon état de pauvreté. Cette abondance devient bien vite amère. Fort peu pour moi ! Qui cherche la santé n’a pas de penchant pour le monde d’ici-bas. Ma santé à moi, c’est la pauvreté ! »

 

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