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12 décembre, 2011

L’auberge de Maître Eckhart, Maître Eckhart

Classé dans : — unpeudetao @ 19:57

     Maître Eckhart dit qu’une fois, un homme pauvre vint à Cologne sur le Rhin pour y chercher la pauvreté et vivre pour la vérité. Arriva une demoiselle qui lui dit : « Cher enfant, veux-tu manger avec moi pour l’amour de Dieu ? » « Volontiers », dit-il. Quand ils se furent assis elle dit : « Mange bien et n’aie pas honte. » « Il dit : « Si je mange trop, c’est un péché ; si je mange trop peu c’est aussi un péché ; ce qui est bon est à mi-chemin entre les deux : il faut que je mange comme un homme pauvre. » Elle demanda : « Qu’est-ce qu’un homme pauvre ? » Il dit : « Cela tient à trois choses. L’une est d’être mort à toutes choses naturelles. L’autre, de ne pas désirer trop de bien. La troisième est de n’accorder à personne plus volontiers qu’à soi-même tout ce qui s’appelle et est souffrance. » Elle demanda : « Ah, cher enfant, dis-moi ce qu’est la pauvreté de l’homme intérieur ? » Il dit : « Cela tient aussi à trois choses. L’une est le détachement complet de toutes les créatures qui sont hors de Dieu, dans le temps et dans l’éternité. L’autre est une sérieuse humilité de l’homme intérieur et extérieur. La troisième est une intériorité zélée et un esprit élevé sans interruption vers Dieu. » Elle demanda : « Qu’est-ce que la pauvreté en esprit ? » Il dit : « Vous en demandez trop. » Elle dit : « Je n’ai jamais appris qu’on pouvait en faire trop touchant l’honneur de Dieu et la béatitude de l’homme. » L’homme dit : « Vous dites vrai. Cela tient aussi à trois choses. La première, c’est que l’homme ne sache, dans le temps comme dans l’éternité, que Dieu seul. L’autre, qu’il ne cherche pas Dieu en dehors de lui-même. La troisième, qu’il ne possède pas de bien particulier ni ne l’emporte d’un endroit à un autre. » Elle demanda : « Maître Eckhart, notre père, ne doit-il donc pas emporter ses sermons de sa cellule à sa chaire de prédication ? » Il répondit : « Non » « Pourquoi ? » « Plus une chose est temporelle, plus elle est corporelle. Plus elle est corporelle, plus elle est temporelle. » « En vérité, l’hôte ne vient pas de Bohême. » Il dit : « Le soleil qui brille à Cologne, il brille aussi dans la ville de Prague. » Elle dit : « Explique-moi mieux cela. » Il dit : « Il ne m’appartient pas de le faire alors que Maître Eckhart est présent ici. » Maître Eckhart dit : « Qui n’a pas la vérité à l’intérieur de lui-même, qu’il l’aime à l’extérieur, et ainsi il la trouvera aussi à l’intérieur. » Elle dit : « Cette nourriture est bien payée. » L’homme dit : « Demoiselle, payez donc pour le vin. » Elle dit : « Volontiers, questionnez-moi. » « À quoi l’homme reconnaîtra-t-il les oeuvres du Saint-Esprit dans son âme ? » Elle dit : « À trois choses. La première, c’est que de jour en jour il fasse décroître en lui les choses et les désirs du corps et de l’amour naturel. L’autre, c’est que d’instant en instant il croisse dans la grâce et l’amour divins. La troisième, c’est qu’avec amour et zèle il soit plus incliné à oeuvrer pour son prochain que pour lui-même. » Il dit : « C’est ce qu’ont bien observé les amis de Notre Seigneur. » Il dit : « À quoi un homme spirituel doit-il reconnaître si Dieu lui est présent dans sa prière ou dans son exercice ? » Elle dit : « À trois choses. L’une est dans l’épreuve que Dieu accorde à ses élus : opprobre du monde et souffrance du corps. L’autre est croître en grâce selon la grandeur de l’amour entre lui et Dieu. La troisième est que Dieu ne cesse d’enseigner à l’homme une nouvelle voie de la vérité. » Il dit : « Il faut nécessairement qu’il en soit ainsi. Dis-moi, comment un homme pourra-t-il savoir si toutes ses oeuvres se font selon la très haute volonté de Dieu ? » Elle dit : « En trois choses. L’une, qu’une conscience pure ne lui fasse jamais défaut. L’autre, qu’il ne se détourne jamais de l’union avec Dieu. La troisième, que sans cesse le Père céleste par son influx enfante en lui son Fils. » Maître Eckhart dit : « Si tous les péchés étaient aussi bien payés que ce vin, mainte âme au purgatoire serait aujourd’hui dans la vie éternelle. » L’homme pauvre dit alors : « Ce qu’il y a de plus à payer, c’est au maître qu’il appartient de le faire. » Maître Eckhart dit : « Il faut laisser les vieillards (en l’occurrence : Maître Eckhart) jouir de leur vieillesse. » Le pauvre dit alors : « Laisse oeuvrer l’amour, car il oeuvre sans accident. » La demoiselle dit alors : « Dis-moi, Père, à quoi un homme reconnaîtra-t-il s’il est un enfant du Père céleste ? » Il dit : « À trois choses. L’une est que l’homme opère toutes ses oeuvres par amour. L’autre, qu’il reçoive de Dieu toutes choses avec égalité. La troisième, que toute son espérance, il la mette en Dieu seul. » Le pauvre parla ainsi : « Dis-moi, Père, comment un homme reconnaîtra-t-il que la vertu opère en lui dans sa plus haute noblesse ? » Il dit : « À trois choses. Aime Dieu pour Dieu, le bien pour le bien, la vérité pour la vérité. » Le maître dit : « Chers enfants, comment doit vivre l’homme qui enseigne la vérité ? » La demoiselle dit : « Il doit vivre de telle sorte que ce qu’il enseigne par ses paroles il l’accomplisse dans son action. » Le pauvre dit : « Cela est juste. Il doit aussi se tenir à l’intérieur, afin de posséder en son être plus que ce qu’il peut exprimer en paroles. »
     De même que le Verbe éternel est un enfantement du Père céleste, de même la volonté de Dieu est un enfantement et un devenir de toutes les créatures.
     Telle est l’auberge de Maître Eckhart.

 

Maître Eckhart (1260-1327).

 

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http://unpeudetao.unblog.fr

 

 

Une réponse à “L’auberge de Maître Eckhart, Maître Eckhart”

  1. unpeudetao dit :

    En 1326, Deux dominicains dénoncent certaines de ses propositions à l’inquisition. Contre son gré par contrainte de suivre la procédure engagée, la hiérarchie de l’ordre dominicain est tenue de donner suite juridique à cette dénonciation.
    La date exacte et le lieu du décès d’Eckhart sont inconnus. Ayant répondu à ses détracteurs à Cologne en 1327, il est actuellement supposé que, durant 1328, il a entrepris de se rendre en Avignon depuis Cologne pour affronter son accusation devant le Pape. Nulle archive n’existe concernant ni ce départ, ni ce voyage, ni cette arrivée, ni aucun autre fait postérieur. Documents du procès d’Avignon, quand même, conservés à la Bibliothèque Vaticane suggèrent, mais pas explicitement, qu’ Echkart a été présent à la présentation devant Jean XXII. Finalement, la bulle In agro dominico assume qu’il est décedé. C’est le seul document pour le fait qu’il est mort avant le 27 mars, 1329, date de la bulle.

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