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15 décembre, 2015

L’aumône de Noël, François COPPÉE

Classé dans : — unpeudetao @ 9:56

La messe nocturne est dite. Que d’étoiles dans le ciel ! Comme il gèle ! Rentrons vite. La rude nuit de Noël ! Chacun du froid se protège En fermant porte et rideaux. Sous leurs capuchons de neige Les maisons font le gros dos. On se couche avec angoisse Dans les lits mal bassinés. Les vitraux de la paroisse Ne sont plus illuminés. Tout dort. Qu’il est solitaire, Le hameau silencieux ! Les astres, avec mystère, Ont l’air de cligner des yeux. Mais, chut ! L’ange va descendre Des profondeurs du ciel noir. Tous les enfants dans la cendre Ont mis leurs souliers, ce soir. Comme les autres années, Il vient, lumineux et doux, Jeter par les cheminées Cadeaux, bonbons et joujoux. Mais, ayant fait son message, Tout à coup il aperçoit, Là-bas, au bout du village, Sous la neige, un humble toit. Ce lieu désert, c’est l’unique Où l’ange n’ait point plané… Et plus rien dans sa tunique ! Le prodigue a tout donné. Précisément, une aïeule, Fileuse aux maigres profits, Élève ici, pauvre et seule, Son arrière-petit-fils. Leur indigence est extrême : Rien dans l’armoire en noyer ; Et l’enfant a mis quand même Ses sabots dans le foyer. Les anges – quelle disgrâce ! – N’ont jamais d’argent sur eux. Faut-il que celui-ci passe Sans aider les malheureux ? Se peut-il que Dieu le veuille ? Non. Le séraphin charmant Reprend son essor et cueille Une étoile au firmament. En la touchant, il la change En un large écu d’or fin, Qu’il va porter, le bon ange, Au foyer de l’orphelin. Au Paradis, sa patrie, Il rentre, et se sent confus Devant la Vierge Marie Qui porte l’Enfant Jésus. Mais l’Enfant, qui le rassure, Levant son joli bras rond, Prend l’étoile la plus pure Que sa mère ait sur le front, Et, la donnant avec grâce, Dans un doux geste enfantin : « Va, dit-il, la mettre en place Avant le petit matin. » Or, par les minuits sans voile, Depuis, le monde savant S’étonne que cette étoile Brille plus qu’auparavant.

 

François COPPÉE (1842-1908).

 

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