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13 décembre, 2011

Le cantique de la Trinité, Maître Eckhart

Classé dans : — unpeudetao @ 9:53

I
Au commencement
bien au-delà du sens
est toujours le Verbe.
Ô trésor si riche,
où le commencement s’engendre lui-même !
Ô matrice du Père,
d’où avec joie
le Verbe toujours s’écoule !
Alors même que cette matrice
n’a pas cessé, à vrai dire, de garder le Verbe en lui.

 

II
Des deux un fleuve
d’Amour ardent,
des deux un lien,
aux deux connu :
flue le très doux Esprit,
très semblable à lui-même,
qui ne peut être séparé.
Les Trois sont Un.
Ne le savais-tu pas ? Non.
Cela se sait soi-même mieux que tout.

 

III
Des Trois liens la boucle
renferme une profonde terreur,
une telle étreinte
ne saurait jamais être comprise :
voici un abysse sans fond.
Échec et mat
au temps, aux formes et au lieu !
L’anneau merveilleux
est jaillissement,
autant immobile est son point.

 

IV
Gravis sans agir
la montagne qu’est ce point,
Intelligence !
Le chemin te porte
vers une pure merveille,
en largeur et au loin,
elle s’étend sans mesure.
Cette immensité n’a
ni temps ni lieu,
elle a sa propre guise.

 

V
Cette pure bonté
aucun pied ne l’a foulé,
le sens créé
jamais n’y est allé.
C’est, mais personne ne sait quoi.
C’est ici et c’est là,
c’est lointain et c’est proche,
c’est profond et c’est haut,
ainsi donc ce n’est
ni ceci et ni cela.

 

VI
C’est lumière et c’est clarté,
c’est ténèbre complète,
c’est innommé,
c’est inconnu,
libre de part en part,
c’est immuable,
nu et sans vêtement.
Qui connaît sa demeure ?
Qu’il vienne et nous dise,
quelle est sa forme.

 

VII
Deviens tel un enfant,
deviens sourd, deviens aveugle !
Ton être même
doit devenir néant,
transcende tout être et tout néant !
Laisse le lieu, laisse le temps,
et les images également !
Va sans chemin
sur le sué étroit,
tu trouveras la pure conscience .

 

VIII
Ô mon âme,
sors, afin que Dieu entre !
Sombre tout mon être
dans le néant divin,
plonge en ce fleuve sans fond !
Si je Te fuis,
Tu viens à moi,
si je me perds,
alors je Te trouve,
Ô Bien qui transcende l’être !

 

Maître Eckhart (1260-1327).

 

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http://unpeudetao.unblog.fr

 

 

Une réponse à “Le cantique de la Trinité, Maître Eckhart”

  1. unpeudetao dit :

    En 1326, Deux dominicains dénoncent certaines de ses propositions à l’inquisition. Contre son gré par contrainte de suivre la procédure engagée, la hiérarchie de l’ordre dominicain est tenue de donner suite juridique à cette dénonciation.
    La date exacte et le lieu du décès d’Eckhart sont inconnus. Ayant répondu à ses détracteurs à Cologne en 1327, il est actuellement supposé que, durant 1328, il a entrepris de se rendre en Avignon depuis Cologne pour affronter son accusation devant le Pape. Nulle archive n’existe concernant ni ce départ, ni ce voyage, ni cette arrivée, ni aucun autre fait postérieur. Documents du procès d’Avignon, quand même, conservés à la Bibliothèque Vaticane suggèrent, mais pas explicitement, qu’ Echkart a été présent à la présentation devant Jean XXII. Finalement, la bulle In agro dominico assume qu’il est décedé. C’est le seul document pour le fait qu’il est mort avant le 27 mars, 1329, date de la bulle.

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