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3 avril, 2014

Le chasseur et le génie voleur de femmes (conte africain)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:16

Il y avait un génie qui volait la femme des nouveaux mariés. Quiconque se mariait se voyait privé de sa nouvelle épouse, enlevée par le génie. Un brave et téméraire chasseur apprit la nouvelle et annonça qu’il irait chercher une femme dans ce pays, afin de savoir si les hommes y sont sans valeur. Après avoir dit cela, il se prépara et partit. Quand il arriva dans la cité, on le reçut avec faste. Le roi lui demanda le motif de sa visite. Le chasseur lui dit qu’il venait prendre femme. Le roi lui dit : – Ici tu ne peux obtenir une femme, car à tous ceux à qui on a donné une épouse, le génie l’a enlevée et toutes ces épouses ont été ainsi perdues à jamais. Le jeune homme répondit au roi : – Moi je suis un chasseur. Le génie, la bravoure qu’il nous montre,.. si tu me donnes ta fille en mariage et s’il me la prend, je lutterai avec lui. Toi, observe-moi simplement, ne te préoccupes que de moi. Le roi dit : – Ce que tu dis, est-ce que c’est sûr ? L’homme répondit : – C’est sûr. Le roi lui donna une femme. Le mariage fut célébré durant trois jours. Lorsque les invités furent partis, le jeune homme rentra avec son épouse dans leur chambre. Dès qu’ils se couchèrent, le mari tenta de la toucher dans l’obscurité, mais ne trouva rien. Il s’inquiéta. Il se leva et alla voir le père de la mariée. Il lui dit qu’en effet, il avait eu raison. Le génie est venu voler mon épouse ! Le matin, il alla trouver un marabout et lui dit : – J’ai épousé une femme et le génie est venu la prendre. Le marabout regarda les signes et lui dit : « Le génie, toutes les personnes qu’il a enlevées d’ici, il les a emportées au-delà du fleuve. Si tu peux dépasser le fleuve, tu pourras tuer les génies. Les génies se trouvent dans une antilope-jument. Dans cette antilope, il y a un kewel. Dans cette petite antilope, il y a un corbeau. Dans ce corbeau, il y a un œuf. Cet œuf, si tu l’écrases, les femmes volées par le génie vont t’apparaître ». Le marabout dit encore : – L’antilope Koba quitte son logis vers onze heures pour aller boire à la roche qui se trouve dans le fleuve. Louti est son nom. Le chasseur partit, prit sa gibecière, y mit sa nourriture et se fit accompagner de son chien. Aussitôt qu’ils furent sortis de la ville, un lion les vit, rugit et courut vers eux. L’homme s’agenouilla pour tirer, le lion lui demanda : – Que vas-tu faire ? Le chasseur lui dit : – On a volé ma femme, je suis à sa recherche; si tu veux m’attaquer, je te tue ! Le lion lui dit : – Partons donc, je m’en vais t’aider. Ce que peut faire un ou deux, trois le feront mieux. Ils marchèrent longtemps ; un aigle venant on ne sait d’où plana au-dessus du chasseur. L’homme voulut le tuer, l’aigle dit : – Que vas-tu faire de moi ? – On a volé ma femme, je suis à sa recherche. Si tu m’attaques, je te tue tout de suite. L’aigle lui dit : – Allons-y, je vais t’aider. Ce que deux ou trois peuvent, quatre le pourront mieux. L’homme, avec les trois animaux, chemina dans la brousse. Quand ils arrivèrent au bord du fleuve, le lion creusa un trou profond, ils s’y tapirent, bien cachés. Vers onze heures, l’antilope-Koba arriva pour boire au rocher du fleuve. Le lion bondit et tomba sur elle ; il l’éventra. La petite antilope sortit du ventre et se mit à courir. Le chien la poursuivit. Ils coururent sur deux longueurs de sas, le chien l’attrapa et l’éventra. Un corbeau en sortit et s’envola. L’aigle le rencontra en l’air et le percuta, le corbeau tomba, l’aigle l’éventra. Un œuf en sortit et roula sur le sol, le chasseur l’écrasa. Aussitôt on entendit de l’autre rive du fleuve, les cris de nombreuses femmes. L’homme retourna à la ville pour appeler les habitants. Quand ils vinrent, chacun prit sa pirogue, le chasseur, lui, monta sur le lion, ils traversèrent le fleuve. Là-bas il reconnut sa femme, la reprit et rentra avec elle.

 

Ce conte est extrait du recueil « Des contes wolof ou la vie rêvée », rassemblés par Seydou Nourou Ndiaye et Lilyan Kesteloot édités par IFAN et Enda, à Dakar, en 1998 dans la collection « Clair de lune ».

 

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