• Accueil
  • > Le chasseur et l’oiseau (Conte soufi)

11 mai, 2012

Le chasseur et l’oiseau (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 13:58

 

      Un oiseau survolait une prairie. Là, un chasseur, caché dans les feuillages, avait tendu un piège avec quelques graines comme appât. L’oiseau se posa tout près et dit au chasseur sans le voir :
      « Qui es-tu ? Que fais-tu, couvert de feuillages, dans cette prairie remplie de bêtes sauvages ? »
      Le chasseur répondit :
      « Je suis un homme pieux qui a abandonné le monde et se satisfait des quelques plantes qui l’entourent. La mort de mes voisins a été une leçon pour moi. J’ai abandonné tous mes biens. Puisqu’au dernier jour, je serai seul et que je suis promis au tombeau, j’ai pensé qu’il valait mieux se consacrer à se rapprocher du Dieu unique. De tout temps, nos parents ont été les quatre éléments naturels mais nous, nous avons un penchant pour les parents éphémères.
      – C’est une erreur que de se retirer dans la solitude, dit l’oiseau. Il est préférable de prendre en patience les tourments que vous infligent les gens de mauvais caractère. Il faut se rendre utile à autrui, ainsi qu’un nuage !
      – Ton discours n’a pas de sens ! dit le chasseur, car la solitude vaut mieux qu’une mauvaise compagnie. Celui qui ne pense qu’à sa subsistance ne vaut pas mieux qu’un cadavre et sa compagnie est la véritable solitude. »
      L’oiseau :
      « Il ne peut y avoir de combat que si on te barre le chemin. Et le courage se manifeste lorsqu’on croise ses ennemis. »
      Le chasseur répondit :
      « C’est vrai si l’on est assez fort pour éviter la méchanceté. Sinon, mieux vaut se retirer !
      – Il te manque la fidélité du coeur ! dit l’oiseau. Si tu es amical, nombreux seront tes amis. Si la brebis s’éloigne du troupeau, c’est une occasion pour le loup. Même si tu t’es gardé du loup, ne te crois pas en sécurité si tu n’es pas entouré d’amis. Si les murs n’étaient pas amis les uns des autres, aucune maison n’aurait de toit. Si la plume n’était pas l’amie du papier, aucune parole ne serait transmise. »
      Des milliers de secrets furent ainsi échangés entre l’oiseau et le chasseur. Finalement l’oiseau demanda : « À qui sont ces grains de blé ?
      – Un orphelin me les a confiés, dit le chasseur. En effet, je suis le protecteur des orphelins.
      – Je suis dans une passe difficile, dit l’oiseau. J’ai si faim que je mangerais un cadavre. Ô homme vertueux ! permets-moi de manger quelques-unes de ces graines !
      – Si tu les mangeais sans besoin ce serait alors un péché ! dit le chasseur. Si vraiment tu es dans un état de besoin suprême alors tu dois donner un gage. »
      L’oiseau, plein de désir, se rua sur les graines et fut à l’instant capturé par le piège. Rendu à l’impuissance, il se mit à pleurer.
      Ô toi qui pleures ! Pleure avant ta mort et non pas après !
      L’oiseau s’écria :
      « Voilà la récompense de ceux qui se laissent séduire par les sortilèges des ascètes ! »
      Le chasseur lui répliqua :
      « Que non pas ! Voilà plutôt ce qui advient à ceux qui mangent le pain des orphelins ! »
      L’oiseau se lamenta et ses lamentations firent trembler le chasseur et son piège.
      « Ô bien-aimé ! disait-il, mon coeur est brisé par tous ces paradoxes. Caresse-moi la tête. Même si j’en suis indigne, daigne venir t’enquérir de mon état ! »

 

*****************************************************

 

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose