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14 janvier, 2015

Le cochon et les perles, Jules RENARD

Classé dans : — unpeudetao @ 13:57

Dés qu’on le lâche au pré, le cochon se met à manger et son groin ne quitte plus la terre.

 

Il ne choisit pas l’herbe fine. Il attaque la première venue et pousse au hasard, devant lui, comme un soc ou comme une taupe aveugle, son nez infatigable.

 

Il ne s’occupe que d’arrondir un ventre qui prend déjà la forme du saloir, et jamais il n’a souci du temps qu’il fait.

 

Qu’importe que ses soies aient failli s’allumer tout à l’heure au soleil de midi, et qu’importe maintenant que ce nuage lourd, gonflé de grêle, s’étale et crève sur le pré.

 

La pie, il est vrai, d’un vol automatique se sauve ; les dindes se cachent dans la haie, et le poulain puéril s’abrite sous un chêne.

 

Mais le cochon reste où il mange.

 

Il ne perd pas une bouchée.

 

Il ne remue pas, avec moins d’aise, la queue.

 

Tout criblé de grêlons, c’est à peine s’il grogne :

 

« Encore leurs sales perles ! »

 

Jules RENARD (1864-1910).

 

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