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6 janvier, 2015

Le désert, Esteban ECHEVERRIA

Classé dans : — unpeudetao @ 8:33

C’était le soir et l’heure où Le soleil dore la crête Des Andes. Béant, immense, Ouvert à perte de vue, Le désert mystérieux Étend à leurs pieds sa face Solitaire et taciturne, Pareil à la mer, alors Que le crépuscule en dompte Un instant l’orgueil sans frein. Les yeux vainement parcourent L’immensité sans trouver, Tel un oiseau sur les flots, Un repère sur lequel Poser leur quête anxieuse ; Partout plaines et campagnes, Gîtes d’oiseaux et de bêtes Partout le ciel, solitudes Familières à Dieu seul Et que lui seul peut sonder. Parfois l’errante tribu, Sur ses chevaux magnifiques, La crinière au vent flottant, Dans une houle légère, La traverse en tourbillon Et passe.. installe ses tentes Sur quelque gazon épais Pour y attendre le jour.. S’endort d’un sommeil tranquille.. Puis reprend sa vive course. Quel infini de merveilles Sublimes et toutes simples La main de Dieu a semées Là ! Que d’arcanes qui restent Inaperçus du vulgaire ! Une herbe menue, l’insecte, Un souffle pur, embaumé, Le silence, l’aspect triste De la plaine grandiose, La pâleur du soir qui tombe, Et les harmonies du vent En disent à la pensée Bien plus long que ne se flatte Dans son orgueil d’enseigner La vaine philosophie. Quel pinceau les pourrait peindre Sans en ternir la beauté ? Quelle bouche les louer ? Il n’est donné qu’au génie De les sentir et goûter. Le soleil vers l’horizon Penchait son front éclatant, Laissant se fondre dans l’air Le rutilement plus sourd De sa chevelure d’or ; Un ciel pur et diaphane, Éployait sur l’étendue Verdoyante de la plaine Le léger voile bleuté D’une ombre mystérieuse. La brise, battant à peine De ses ailes parfumées, Frémissait parmi les herbes De la plaine et y faisait Comme l’ondoiement d’une eau ; Et la terre contemplait Le départ de l’astre-roi Avec cet air de regret Que l’on a pour un adieu. Par instants, altièrement, Quelque sauvage poulain Hennissait dans la campagne, Un taureau bramait de rage Ou un tigre rugissait. Le Yaja, comme ravi En une extase joyeuse, Par intervalles perçait Cette paix et ce silence De son appel fatidique. Le soleil se couche, en feu Semble le vaste horizon ; L’étendue silencieuse Tourne au sombre peu à peu, Dans le ciel couleur de cendre, Une étoile çà et là Met sa tremblante lumière, Puis se dérobe au regard Ainsi qu’un feu à éclipses Au haut d’un superbe phare. Son voile de clair-obscur Le crépuscule l’étend Sur la terre, une ceinture Aussi noire qu’un linceul Se déroule à l’occident ; Lentement, la nuit se fait ; Cette immense paix que l’âme Contemple avec un soupir Et parfois un peu d’effroi, Descend avec le silence.

Esteban ECHEVERRIA (1805-1851), poète argentin. Traduit par Mathilde Pomès.

 

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Une réponse à “Le désert, Esteban ECHEVERRIA”

  1. unpeudetao dit :

    yaja :
    Le père Guevara, dans son histoire du Paraguay, parle ainsi de cet oiseau : « Nous pouvons justement nommer le yaja une sentinelle volante. Il a un grand corps et un petit bec. Il est de couleur cendrée, avec un petit collier de plumes blanches. Ses ailes sont pourvues d’une sorte d’éperon rouge, dur et fort, dont il se sert en guise d’arme. Son chant est une répétition de yaja, yaja, ce qui veut dire en guarani « allons, allons », d’où lui est venu son nom. Chose singulière et curieuse, ces oiseaux volent de nuit et dès qu’ils entendent le bruit de quelqu’un qui vient, se mettent à lancer yaja, yaja, comme s’ils disaient : « Allons, voici un ennemi, des embûches de qui nous ne sommes pas à l’abri. » Ceux qui sont au courant de ces mœurs, à peine entendent-ils le cri du yaja, se tiennent sur leurs gardes, redoutant quelque possible attaque. En province, on l’appelle indistinctement chaja ou yaja. (Note de l’auteur).

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