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20 janvier, 2015

Le jeu du contentement, Eleanor Porter

Classé dans : — unpeudetao @ 9:30

Pollyanna était la petite fille d’un missionnaire dont les honoraires étaient si maigres qu’il pouvait à peine subvenir aux nécessités de la vie. De temps à autre arrivaient des caisses contenant de vieux vêtements et autres choses sans valeur à distribuer. Pollyanna espérait toujours qu’un jour une des caisses contiendrait une petite poupée, et son père avait même demandé s’il serait possible de joindre au prochain envoi une poupée usagée. A l’arrivée de la caisse suivante, aulieu d’une poupée, arriva une paire de béquille pour la taille d’un enfant. Voyant le désappointement de sa fille, le père lui dit : « Il y a une chose pour laquelle nous pouvons être heureux et reconnaissants, et c’est de n’avoir pas besoin de ces béquilles ». C’est alors qu’ils ont commencé à jouer le « jeu du contentement », comme ils l’appelaient, en cherchant et en trouvant, quoi qu’il arrive, une chose qui puisse les rendre heureux et reconnaissants, et ils la trouvaient toujours. Par exemple, lorsqu’ils étaient forcés de manger un maigre repas dans un restaurant, n’ayant pas les moyens de se payer les friandises du menu, ils disaient : « Eh bien, nous avons la chance d’aimer les haricots », même si leurs regards se portaient sur la dinde rôtie et son prix prohibitif. Ils se sont alors mis à enseigner ce jeu à d’autres, rendant ainsi de nombreuses personnes plus heureuses, alors que certaines d’entre elles avaient l’idée bien arrêtée qu’elles ne pourraient plus jamais être heureuses.

 

Finalement, la vie étant devenue de plus en plus dure, la mère de Pollyanna mourut, bientôt suivie par le père, laissant Pollyanna dépendre d’une tante, vieille fille riche, mais revêche et inhospitalière. En dépit de l’accueil et du logis peu agréable qui lui était dévolu sous les combles, la petite fille ne voyait aucune raison de ne pas être contente ; elle rayonnait littéralement de joie, entraînant par son charme la bonne, le jardinier et pour finir la tante revêche elle-même. L’esprit de cette enfant voyant tout en rose apportait de la beauté sur les murs nus de sa mansarde obscure. S’il n’y avait pas de tableaux, elle pouvait être heureuse à l’idée que sa petite fenêtre donnait sur un paysage bien plus beau que ce qu’un artiste aurait pu peindre, car c’était un tapis vert et or, plus beau qu’une tapisserie due au plus habile des tisserands. Si son lavabo primitif n’avait pas de miroir, elle était heureuse que son absence l’empêche de contempler ses taches de rousseur ; et n’avait-elle pas de raison d’être heureuse que ces taches ne soient pas des verrues ? Si sa malle était petite et ses vêtements peu nombreux, n’y avait-il pas de raison d’être heureuse que le déballage ne soit plus vite fait ? Si ses parents ne pouvaient être avec elle, n’était-ce pas une raison d’être contente qu’ils soient avec Dieu dans le ciel ? S’ils ne pouvaient plus lui parler, ne devait-elle pas se réjouir de ce qu’elle-même pouvait leur parler ?

 

En parcourant les prés et les landes, légère comme un oiseau, elle avait oublié l’heure du dîner, et à son retour sa tante lui ordonna d’aller à la cuisine et de faire son repas de pain et de lait. A sa tante qui s’attendait à des pleurs et à des bouderies, elle répondit : « Oh, tante, je suis bien contente de ce que vous m’offrez ; j’aime tant le pain avec du lait ! » Aucune mesure sévère, et elles étaient nombreuses au début, sans qu’elle imagine, avec une pensée reconnaissante, quelque motif caché. Sa première convertie fut la bonne, qui n’aimait pas penser au lundi, jour de lessive où elle était d’humeur maussade. Bientôt cette petite fille transforma les sentiments de Nancy qui, de ce jour, devint plus heureuse le lundi matin que les autres jours, parce qu’il n’y avait qu’un jour de lessive pour toute une semaine, et bientôt elle fut joyeuse à la pensée que son nom n’était pas Hephzibah, mais Nancy, nom qui lui déplaisait jusqu’alors. Un jour où Nancy protestait en disant : « Tout de même, il n’y a rien de réjouissant dans un enterrement », Pollyanna répondit du tac au tac : « Mais si, nous pouvons être heureux que ce ne soit pas le nôtre ! » Au jardinier qui se plaignait d’être à moitié courbé par ses rhumatismes, elle enseigna aussi son jeu en lui disant qu’il pouvait être heureux, vu que la moitié du mouvement nécessaire pour arracher les mauvaises herbes était déjà faite.

 

Tout près de chez elle, dans une demeure luxueuse, vivait un célibataire âgé, un solitaire maussade. Plus il la repoussait, plus elle se sentait encouragée d’aller vers lui parce que personne ne venait le voir. Dans son innocence et sa pitié, elle attribuait ce manque de courtoisie à un chagrin secret, ce qui la rendait plus désireuse de lui enseigner son jeu optimiste. Elle parvint à le lui apprendre, mais non sans peine, et lorsqu’il se cassa la jambe, il ne fut pas facile de lui faire admettre que son sort serait pire s’il était un mille-pattes avec toutes ses pattes fracturées. Son caractère aimant finit par lui faire aimer la lumière du soleil, monter ses stores, tirer les rideaux et ouvrir son cœur au monde. Il aurait voulu l’adopter, mais n’y parvenant pas, il adopta un petit orphelin qu’elle avait eu l’occasion de rencontrer sur son chemin.

 

Elle est parvenue à faire porter des vêtements de couleur plus gaie à une dame qui ne s’habillait qu’en noir. Une autre, riche et malheureuse parce qu’elle ne pensait qu’à ses anciens chagrins tourna, grâce à Pollyanna, son attention sur les malheurs des autres et ayant appris le jeu du contentement et la manière d’apporter de la joie dans leurs vies, cette dame en reçut aussi en abondance dans sa propre vie. Sans s’en rendre compte, cette petite fille réussit à rapprocher, en un heureux ménage, un couple prêt à divorcer, en rallumant dans leurs cœurs froissés un grand amour pour leurs enfants. Peu à peu, toute la petite ville se mit à jouer le jeu du contentement et à l’enseigner à d’autres. Sous son influence, les gens se transformaient, les malheureux devenant heureux, les malades guérissant, les dévoyés retrouvant le bon chemin et les découragés reprenant courage.

 

Bientôt le principal médecin de la ville trouva qu’il était utile de la prescrire comme un médicament. « Cette petite fille, disait-il, est préférable à un tonique. Une dose de Pollyanna guérit mieux qu’une pharmacie pleine de médicaments. » Mais le plus grand miracle du jeu du contentement fut la transformation du caractère affecté et puritain de sa tante. Elle qui avait accepté de prendre Pollyanna chez elle comme un devoir austère de famille, développa par le traitement de sa petite nièce un cœur débordant d’affection. Bientôt, Pollyanna abandonna sa mansarde dégarnie pour une chambre plus confortable avec des tableaux, des tapis et de beaux meubles, au même étage que sa tante ; ainsi, tout le bien fait à d’autres rejaillissait sur elle.

 

Eleanor Porter (1868-1920), américaine. (polyanna ou le jeu du contentement).

 

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