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30 octobre, 2013

Le juge dans la malle (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:10

      Il y avait un homme nommé Djuha qui était fort pauvre. Un jour, lassé de son dénuement, il dit à sa femme qui était fort belle :
      « Tes sourcils sont comme un arc et tes fossettes comme des flèches. Il faut que tu ailles chasser. Appâte l’oiseau avec des graines mais ne le laisse pas s’en emparer. Ta beauté t’a été donnée pour que tu t’en serves pour chasser ! »

 

La femme se rendit directement chez le juge et se plaignit à lui de son mari et de ses propositions. Le juge, voyant cette belle plaignante, tonitrua :
      « Il y a trop de bruit ici ! Que l’on évacue la salle ! »
      Quand il se trouva seul avec elle, il dit à la femme :
      « Ô femme ! Il vaut mieux que tu viennes chez moi, à un moment plus propice. Tu pourras ainsi m’expliquer tout à loisir les tortures que t’inflige ton mari. »
      La femme lui dit alors :
      « Ô noble juge ! Votre maison est un lieu trop fréquenté. Chez moi, c’est beaucoup plus calme. Venez plutôt visiter votre servante chez elle. Mon mari est parti au village. Si cela vous est possible, venez dès ce soir et nous éviterons ainsi les curieux. »
      À la nuit, le juge se rendit chez la femme de Djuha. Celle-ci avait préparé une table avec des chandelles, des mets variés et des boissons. Mais, dès que le juge eut pénétré dans la maison, on entendit des coups frappés à la porte. Le juge chercha un endroit pour se cacher et ne trouva qu’une vieille malle dans laquelle il s’enferma. Djuha entra et dit à sa femme :
      « Jamais, je n’ai manqué de satisfaire la moindre de tes requêtes. Pour toi, j’ai fait le sacrifice de toutes choses ! Et toi, tu continues à te plaindre de moi ! Quand je pense que j’ai dilapidé tous mes biens pour toi. Regarde ! Il ne me reste que cette vieille malle. Tu me soupçonnes d’y cacher de l’or et de l’argent mais elle est vide ! Demain, je l’emmènerai au marché. Je la briserai devant tout le monde et je la brûlerai ! »
      La femme tenta de le raisonner mais Djuha se montra inflexible. Au matin, il fit venir un porteur qui prit la malle pour l’apporter au marché. Pendant le trajet, le porteur entendit une voix qui semblait sortir de la malle et qui disait :
      « Ô porteur ! Porteur ! «
      Le porteur se dit :
      « D’où peut bien provenir cette voix ? Sans doute sont-ce des djinns qui m’appellent ainsi ! »
      Mais, comme la voix insistait, le porteur finit par comprendre qu’il y avait quelqu’un à l’intérieur. Et le juge, de l’intérieur de la malle, lui dit :
      « Rends-toi au tribunal. Trouves-y mon adjoint et dis-lui dans quelle situation je suis. Dis-lui de venir au marché et d’acheter cette malle. Qu’il la fasse porter chez moi sans l’ouvrir ! »
      Dès qu’il fut averti, l’adjoint se rendit au marché et demanda à Djuha :
      « Combien vaut cette malle ? »
      Djuha répondit :
      « J’ai eu une offre à neuf cents pièces d’or, mais moi, j’en demande mille ! »
      L’adjoint du juge répliqua :
      « N’as-tu pas honte de demander un tel prix ? La valeur de cette malle est par trop évidente ! »
      Djuha lui dit :
      « Comment peux-tu dire une chose pareille alors que tu ne l’as même pas vue ? Attends ! Je vais l’ouvrir et ainsi tu verras. Et si tu estimes qu’elle n’en vaut pas la peine, eh bien, ne l’achète pas !
      – Non ! Non ! fit l’adjoint, je veux l’acheter close ! »
      Finalement l’adjoint dut payer beaucoup de pièces d’or pour récupérer la malle.
      Un an plus tard, Djuha demanda à sa femme de recommencer son stratagème :
      « Rends-toi chez le juge et plains-toi de moi et de notre pauvreté ! »
      Sa femme se rendit donc chez le juge, accompagnée de quelques autres femmes car elle avait demandé à l’une d’elles de raconter son histoire à sa place afin que le juge ne reconnaisse pas sa voix.
      Il est vrai que les sourcils et les fossettes d’une femme peuvent être autant d’arcs et de flèches. Mais, sans le secours de la voix, ces armes n’atteignent pas le gibier. Et le juge dit à la femme : « Amène-moi ton mari si tu veux que je résolve ton problème. »
      Djuha se rendit donc au tribunal. Le juge ne le reconnut pas puisqu’il se trouvait dans une malle la seule fois où il l’avait rencontré. En revanche, il connaissait sa voix pour l’avoir entendu marchander avec son adjoint. Il lui dit :
      « Pourquoi maltraites-tu ainsi ta femme ? »
      Djuha répondit :
      « Que mon âme et ma tête soient sacrifiées devant la loi ! Si je mourais à l’instant, il ne me resterait même pas de quoi me payer un linceul ! De plus, je perds chaque fois que je joue aux dés ! »
      En entendant cette voix, le juge le reconnut immédiatement et lui dit :
      « Ah ! le jeu de dés ! Tu y as joué une fois avec moi déjà ! Ce n’est plus mon tour. Va jouer avec quelqu’un d’autre ! »

 

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