• Accueil
  • > Le langage des animaux (Conte soufi)

29 avril, 2012

Le langage des animaux (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 19:57

     
      Un jour, un homme se présenta devant Moïse et lui dit : « O Moïse ! enseigne-moi le langage des animaux. Car ma foi ne peut qu’augmenter par cette connaissance. En effet, il y a certainement des leçons à tirer des conversations des animaux. Les hommes, quant à eux, ne parlent que d’eau et de pain. »
      Moïse lui répondit :
      « Va-t’en ! Ne t’occupe pas de cela. Il y a beaucoup de danger dans une telle entreprise. Si tu souhaites acquérir la sagesse, demande-la à Dieu, mais pas à des mots, à des livres ou à des lèvres ! »
      Le désir du jeune homme ne fit qu’augmenter avec ce refus car l’envie qui rencontre un obstacle devient désir. Le jeune homme insista donc :
      « Ne t’oppose pas à mon envie car cela est indigne de toi. Tu es le prophète et tu sais qu’un refus de ta part me plongerait dans la plus grande des tristesses. »
      Moïse s’adressa alors à Dieu :
      « O mon Dieu ! Ce naïf est tombé dans les mains de Satan! Si je lui enseigne ce qu’il désire, il court à sa perte et si je refuse, il sera rempli de rancoeur ! »
      Dieu répondit alors à Moïse :
      « O Moïse ! Fais ce qu’il te demande car je ne saurais laisser une prière sans réponse !
      – O Seigneur! dit Moïse, il s’en repentira amèrement car tous ne peuvent supporter un tel savoir !
      – Accepte sa demande ! dit Dieu, ou du moins réponds-y partiellement. »
      Moïse s’adressa alors au jeune homme :
      « Tu risques de perdre ton honneur avec un tel souhait. Tu ferais mieux de renoncer car c’est Satan qui t’inspire par ruse un tel désir. Remplis-toi plutôt de la crainte de Dieu ! »
      Le jeune homme le supplia :
      « Enseigne-moi au moins le langage de mon chien et de mon coq ! »
      Moïse lui répondit :
      « Ceci est possible. Tu pourras comprendre le langage de ces deux espèces. »
      Alors, le jeune homme rentra chez lui et attendit l’aube sur le pas de sa porte afin de tester son nouveau savoir. Au petit matin, sa servante se mit à nettoyer la table et fit tomber à terre quelques morceaux de pain. Le coq, qui passait par là, les avala. À cet instant, le chien accourut et lui dit :
      « Ce que tu as fait est injuste. Toi, tu te nourris de graines mais pour moi, cela est impossible. Tu aurais dû me laisser ces morceaux de pain !
      – Ne sois pas en peine ! répondit le coq, car Dieu a prévu d’autres faveurs pour toi ! Demain, le cheval de notre maître va périr et toi et tes compères, vous pourrez vous rassasier. Ce sera pour vous une liesse sans pareille ! »
      En entendant ces paroles, le jeune homme fut rempli de surprise et il emmena son cheval au marché pour le vendre.
      Le lendemain, le coq s’empare de nouveau des reliefs de son maître avant le chien. Celui-ci se mit à maugréer :
      « O traître ! O menteur ! Où est ce cheval dont tu m’annonçais la mort ? »
      Le coq répliqua sans se démonter :
      « Mais le cheval est vraiment mort. Notre maître, en le vendant, a bien évité de le perdre mais c’était reculer pour mieux sauter car demain, c’est sa mule qui va mourir et vous aurez largement de quoi vous satisfaire ! »
      Le jeune homme, saisi par le démon de l’avarice, alla vendre sa mule au marché, croyant ainsi éviter cette perte. Mais le troisième jour, le chien dit au coq :
       » O tricheur ! Pour sûr, tu es le sultan des menteurs ! »
      Le coq répondit :
      « Le maître a vendu sa mule mais ne t’inquiète pas car demain, c’est son esclave qui va mourir. Et, comme c’est la coutume, il distribuera du pain aux pauvres et aux chiens. »
      Ayant entendu ces mots, le jeune homme alla vendre son esclave en disant :
      « J’ai évité trois catastrophes ! »
      Mais, le lendemain, le chien se remit à invectiver le coq en le traitant de menteur. Celui-ci répondit alors :
      « Non ! Non ! tu fais erreur. Ni moi ni aucun coq ne mentons jamais. Nous sommes comme les muezzins. Nous disons toujours la vérité. Notre travail consiste à guetter le soleil et, même si nous sommes enfermés, nous sentons sa venue dans notre coeur. Lorsque nous nous trompons, on nous coupe la tête !
      « Vois-tu, poursuivit le coq, la personne qui a acheté l’esclave de notre maître a fait une bien mauvaise affaire car cet esclave est déjà mort. Mais demain, ce sera au tour de notre maître de mourir et ses héritiers en seront si contents qu’ils sacrifieront la vache. Je te le dis : demain sera un jour d’abondance pour tous. Tu seras satisfait au-delà de tes voeux. Notre maître, sous l’empire de l’avarice, a refusé de perdre quoi que ce soit. Ses biens s’en trouvent accrus mais lui, il va y perdre la vie. »
      Quand il eut entendu cela, le jeune homme, tremblant de peur, se précipita chez Moïse et lui dit :
      « Moïse ! Aide-moi ! »
      Moïse répondit :
      « Il faut que tu te sacrifies toi-même si tu veux te sauver car tu as reporté tes déboires sur les épaules des fidèles pour mieux remplir ton sac ! »
      À ces mots, l’homme se mit à pleurer :
      « Ne te montre pas si sévère ! Ne me tire pas l’oreille. Il est vrai que j’ai commis une chose indigne. Réponds à mon indignité par une nouvelle faveur !
      – La flèche a quitté l’arc, dit Moïse et elle ne saurait faire demi-tour. Mais je prierai Dieu pour qu’il t’offre la foi car pour qui a la foi, la vie est éternelle. »
      À cet instant même, le jeune homme fut pris d’un malaise cardiaque et quatre personnes l’emmenèrent chez lui. Quand vint l’aube, Moïse se mit à prier :
      « O Seigneur ! Ne lui prends pas la vie avant qu’il n’ait acquis la foi. Il s’est mal conduit. Il a fait beaucoup d’erreurs, mais pardonne-lui ! N’avais-je pas dit qu’un tel savoir ne lui convenait pas ? Aucun oiseau ne peut plonger dans la mer s’il n’est pas un oiseau de mer. Lui, il a plongé sans être un oiseau de mer. Porte-lui secours car il se noie ! »
      Dieu répondit :
      « Je lui ai déjà pardonné et je lui offre la foi. Si tu le veux, je peux aussi lui donner la vie car pour toi, je ressusciterais les morts !
      – O Seigneur, dit Moïse, ici c’est le monde des morts. L’au-delà, c’est le monde de la vie éternelle. Il est donc inutile que tu le ressuscites temporairement ! »

 

*****************************************************

 

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose