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17 septembre, 2009

Le lieu véritable de la Paix, Thierry VISSAC

Classé dans : — unpeudetao @ 7:28

Le lieu véritable de la Paix

 
3° Millénaire n° 70

 
Quel que soit le rapport à la souffrance, la question qu’elle soulève pour le chercheur spirituel est toujours d’actualité. Qu’il lui soit proposé de «
s’élever au-dessus », qu’il se sente submergé ou capable « d’aller au-delà », nous pouvons toujours considérer que la question n’a pas été « traitée »,
qu’aucune réponse, au bout de la quête, n’a pu être trouvée.

 
En fait, la souffrance est le point de mire de la quête spirituelle. Le désir de s’en défaire ou de lui donner un sens – ce qui revient au même – est la
préoccupation principale du chercheur. Les prêtres du développement personnel l’ont bien compris, eux qui mettent en avant la possibilité d’un bien-être
qu’ils promettent plus ou moins implicitement stable, permanent.

 
Nous ne pouvons pas douter de la présence insistante du désir de vivre en paix dans le corps et l’esprit. Mais il nous faut découvrir que nous ne cherchons
pas au bon endroit.

 
Pour découvrir le lieu véritable de la paix, nous devons rencontrer ce désir de vivre en paix afin d’entendre le message qu’il nous transmet car ce besoin
est l’écho d’une réalité profonde, le souvenir diffus d’une paix oubliée dont nous ne connaissons longtemps que les effluves.

 
Nous demandons la cessation de toute souffrance, de tout tourment, et nous sommes prêts à payer cher pour ça. Nous cherchons des moyens parfois sophistiqués
pour effacer la douleur et certains pensent que la science pourrait y parvenir tout à fait. Mais cette volonté d’anesthésier la douleur est l’expression
d’un refus rarement remis en question. Nous semblons naître au monde avec un postulat qui affirme que nous devons lutter contre un ennemi invincible. Et
si la science nous fournit des pilules « miracle », nous devons reconnaître que notre lutte est dérisoire. La douleur revient inlassablement. Mais, malgré
ce constat, le refus continue de se manifester. Voilà la relation immature que l’humanité entretient avec la nature !

 
Cette idée d’une acceptation de la souffrance, que vous voyez peut-être se dessiner dans mes propos, peut paraître révoltante, mais dans l’énergie qui s’éveille
devant une telle perspective se trouve la clé qui permet de déverrouiller cette question.

 
La douleur physique nous enseigne que nous subissons une sensation à la mesure de notre seuil de tolérance. Or, il est évident que le seuil n’est pas dans
la douleur mais dans celui qui la vit. Nous n’avons pas tous les mêmes réactions à la douleur. Le seuil de tolérance est à mettre en parallèle avec notre
refus. La souffrance est un refus ajouté à une sensation naturelle. Plus le refus est grand, plus la souffrance est grande.

 
Mais qu’en est-il de la sensation ? A t-elle une intensité propre et universelle ? Est-elle neutre ? Est-il possible de vivre une sensation sans en faire
une souffrance ?

 
Et si nous transposons ces questions aux « sensations mentales » que sont les soucis et les tourments, est-il possible de vivre « une pensée » sans en faire
une souffrance ?

 
Ce regard nous amène progressivement à envisager la question sous un angle nouveau :

 
Nous libérons-nous de la souffrance en éliminant la sensation et la pensée, ou la libération est-elle indépendante des mouvements du corps et de l’esprit
?

 
Nous pouvons déjà voir que le refus provient de la croyance répandue que nous pouvons dire « non ». Et de la même manière que nous disons « non » à un événement
imprévu, nous disons « non » à une sensation ou à une « perspective » mentale que nous refusons. La souffrance est proportionnelle à notre refus d’un événement,
d’une sensation, d’une parole. Bien sûr, il ne s’agit pas de nier la réalité de la sensation ou l’impact d’un événement ou d’une parole, voire, la nécessité
d’une action en retour mais d’explorer avec courage la cause véritable de notre souffrance.

 
Il faut le voir sans défaitisme : les mouvements, les exigences du corps et de l’esprit ne se maîtrisent pas et la croyance répandue – jusque dans les cercles
spirituels – que nous parviendrons à les contrôler est un leurre. Notre liberté ne dépend pas d’une maîtrise quelconque et certainement pas des mouvements
naturels.

 
Depuis toujours, la sagesse immortelle nous enseigne, par le témoignage ou par l’exemple, que la paix n’est pas dépendante des mouvements du corps et de
l’esprit. Les fabricants de pilules et de rêves l’ont occulté. Et en abordant ce sujet par l’observation de notre relation à la nature, nous pourrons peut-être
envisager de nous défaire de croyances entretenues, comme celle qui vise à nous libérer des mouvements naturels du corps et de l’esprit afin de trouver
la paix.

 
« Envisager » signifie que nous n’y résistons pas, que le refus ne s’applique pas à ce regard nouveau et que nous sommes disposés à l’intégrer ou, plus
exactement, à vérifier qu’il est possible de vivre de cette manière. A nouveau, il ne s’agit pas de discuter la valeur ponctuelle d’un procédé chimique
pour apaiser les grandes douleurs, tel n’est pas l’objet de notre recherche. Nous sommes en train d’aborder un sujet délicat avec un œil neuf et téméraire
en acceptant intérieurement que nous avons peut-être fait fausse route et qu’il existe en soi une possibilité à découvrir, une nature profonde qui n’attend
pas que les affaires du corps et de l’esprit s’améliorent nécessairement pour connaître la paix, pour être la paix.

 
La promesse d’une vie sans sensation désagréable, sans soucis, entretient la fuite et la souffrance : le refus demeure dans l’attente que la promesse se
réalise. C’est ainsi que nous vivons depuis de longues années, sans accueil véritable de ce qui se passe, tentant d’éviter ce qui nous apparaît comme une
erreur, fermés à tout ce qui ne produit pas la sensation complète du bien-être. La consommation de drogues et de médicaments s’inscrit naturellement dans
cette quête.

 
Nous ne pouvons que ressentir une profonde compassion devant cet égarement collectif et la souffrance qu’il engendre et perpétue.

 
Qu’adviendrait-il si, au lieu d’oublier cette proposition, nous nous proposions d’envisager sérieusement ce regard neuf sur la nature humaine ? Je réponds
à cette interrogation en affirmant que nous accomplirions un des premiers pas vers notre éveil spirituel. En effet, nous pouvons nous éveiller à notre
nature véritable dès que nous relâchons cette focalisation sur le corps et la pensée en tant que lieux de notre souffrance ou de notre bonheur.

 
Notre existence précède toute sensation et toute pensée. Nous sommes le lieu de la paix avant même d’y penser, avant même de nous associer à une sensation.
Nous « sommes », je « suis », avant et après tout événement, toute sensation, toute pensée. Cet «être » que je suis est celui qui peut accueillir toutes
ces choses sans nécessairement s’y attacher, celui qui survivra immanquablement à toute sensation, tout événement et toute pensée. Celui-ci ne se compromet
et ne souffre que lorsqu’il oublie sa nature véritable, se cherchant dans les manifestations transitoires de l’incarnation. Par « se chercher », nous entendons
« chercher à trouver la paix à l’extérieur de notre propre nature », en l’occurrence dans un monde que nous voudrions sans mouvement, sans cette alternance
révoltante de douleur et de plaisir.

 
Nous ne pouvons plus nous leurrer aujourd’hui sur la réalité de cette quête de la paix hors de soi. Envisager aujourd’hui qu’il est possible d’accueillir
tout événement, toute sensation, et toute pensée comme des mouvements ne nous appartenant pas en propre, est un bon rappel de notre véritable nature et
un avant-goût de la vie Divine, de l’éveil spirituel.

 
Thierry VISSAC.

 

 

 

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