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19 juin, 2012

Le médicament (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:38

      Sur son lit de mort un maître soufi remit à son disciple une liasse de feuillets.
      « Prends-les, dit-il. Certaines de ces feuilles sont écrites, d’autres sont vierges. Celles qui sont vierges sont aussi importantes que celles qui ne le sont pas. »
      Le disciple prit les feuillets. Il étudia les pages sur lesquelles il y avait quelque chose d’écrit. Les autres aussi, il les conserva précieusement en attendant le moment où leur valeur lui serait révélée.
      Un jour, alors qu’il se trouvait dans un caravansérail, il tomba malade. Il gisait sur son lit, frissonnant de fièvre. Il semblait à l’article de la mort. On appela le médecin.
      « Il n’y a pas de temps à perdre, dit celui-ci. Trouvez-moi une feuille de papier, de belle qualité, sur laquelle je puisse inscrire un talisman qui le délivrera de son mal. »
      Tous ceux qui étaient là cherchèrent un peu partout. N’ayant rien trouvé, ils fouillèrent dans le havresac du voyageur et tombèrent sur des feuilles blanches dans la liasse des écrits du maître soufi.
      Le médecin arracha une feuille vierge de la liasse, puis inscrivit dessus une figure étrange.
      « Trempez-la dans l’eau, ordonna-t-il. Quand l’encre sera dissoute, donnez l’eau à boire au malade : il sera rétabli en trois heures. »
      Ils suivirent les indications du médecin, et le disciple fut bientôt guéri. Le remède avait fait son effet : le remède dont le maître soufi avait à l’insu de tous imprégné les pages blanches.
      Mais cela, le disciple ne le savait pas. Désirant connaître la fonction des pages blanches, il alla voir un vénérable derviche auquel il raconta ce qui lui était arrivé.
      « Ô jeune homme au brillant avenir ! dit le derviche, tu n’as pas été guéri par le talisman mais par les propriétés curatives des substances dont la page était imprégnée.
      – Pourquoi le secret des pages vierges ne m’a-t-il pas été confié ? Pourquoi ne m’avoir rien dit ?
      – Quand il s’agit de sauver une vie, ce qui compte, c’est l’action efficace : les explications viennent après. »
      Le disciple rebroussa chemin, chercha le docteur qui l’avait soigné, apprit qu’il était parti pour un pays lointain. Ce n’est qu’après bien des vicissitudes qu’il franchit le seuil de sa maison.
      « Comment en es-tu venu, ce jour-là, au caravansérail, à décider qu’il fallait pour me sauver tracer un talisman sur du papier ? » l’interrogea-t-il.
      Le docteur répondit :
      « Le grand derviche dont j’étais l’élève autrefois (ce grand maître celait toujours ses miracles) m’avait dit : « Un jour, on te fera venir dans un caravansérail pour examiner un malade. S’il a tel type de fièvre, demande qu’on t apporte du papier uni, trace un diagramme sur une feuille, plonge-la dans l’eau, et qu’ensuite le malade avale cette eau : sa fièvre baissera en trois heures. »"
      Le disciple demanda :
      « Le maître t’avait-il donné des instructions sur ce qu’il fallait faire au cas où il n’y aurait pas eu de feuilles de papier ?
      – Quand je lui ai posé cette question, dit le médecin, mon maître m’a fait cette réponse : « S’il n’y a pas de feuilles de papier, cela signifiera que cet homme aura été insouciant de sa tâche, qu’il est de ceux qui sont inattentifs aux ordres des sages. Il se sera attiré la mort. S’il n’y a pas de papier à ce moment-là, le malade mourra. »"

 

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