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9 mai, 2012

Le membre dur (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:04

 

      Un jour, un espion de peu d’envergure vint dire au chah d’Égypte : « Le chah de Mossoul possède une esclave qui est aussi belle que les houris ! Sa beauté est telle qu’on chercherait en vain l’équivalent sur cette terre. Sa beauté infinie est indescriptible, mais voici un portrait d’elle ! »
      En voyant le visage peint de la belle esclave, le sultan fut si surpris que sa coupe de vin lui échappa des mains. Rempli d’admiration, il se mit à se lamenter. Puis, il désigna un vaillant guerrier, lui confia d’innombrables soldats et l’envoya vers Mossoul :
      « Si quelqu’un, lui dit-il, t’empêche de t’emparer d’elle, détruis-le, lui et ses biens. Mais, si on te la donne, amène-la-moi vite afin que je puisse m’unir avec cette lune. »
      Précédée de tambours et de drapeaux, l’armée prit le chemin de Mossoul à grand vacarme. Les soldats tombèrent sur la ville comme une nuée de sauterelles. Des pluies de flèches et de pierres s’abattirent sur la cité et les étincelles des épées firent couler beaucoup de sang des semaines durant.
      Un jour, le chah de Mossoul envoya un émissaire au chef de l’armée, porteur du message suivant :
      « Pourquoi fais-tu couler le sang de tant de fidèles ? Les cadavres forment des montagnes de notre côté. Si c’est Mossoul que tu désires conquérir, cela peut se faire sans répandre le sang. Je m’en irai et te laisserai entrer dans notre ville. Car une seule chose m’importe désormais : qu’il n’y ait plus de sang versé. Si ce sont des pierres précieuses que tu convoites, c’est encore plus facile. »
      Le chef désarmée montra à l’émissaire le portrait de la belle esclave en disant :
      « Voilà ce que je veux ! Et autant me la donner tout de suite car je ne doute pas d’être victorieux. »
      Quand il fut informé de la chose, le chah de Mossoul s’écria :
      « Je ne suis pas un idolâtre ! Je n’ai que faire des apparences car c’est la vérité que je cherche ! »
      Ainsi, afin d’éviter de faire couler le sang des fidèles, le chah sacrifia-t-il sa belle esclave. Mais, quand l’émissaire amena cette dernière au chef de l’armée, celui-ci en tomba amoureux à l’instant même.
      L’amour est un océan et les cieux n’en sont que l’écume. Sache que les cieux tournent par l’effet de l’amour. Sans lui, le coeur de l’univers deviendrait un bloc de glace. Comment, sans lui, une chose inanimée se transformerait-elle en végétal et comment, sans lui, ce végétal serait-il sacrifié pour un être animé ? Sans lui, comment l’esprit serait-il le secret de ce souffle qui a fécondé Myriam (Marie) ?
      Notre vaillant guerrier a donc pris ce puits pour un chemin. Cette terre aride lui a plu et il a commencé ses semailles. Mais lorsqu’un homme fornique en rêve avec une femme, il comprend à son réveil et commence à regretter en disant : « Hélas, j’ai répandu mon eau dans la vanité ! »
      Notre héros selon la chair n’était donc pas un véritable héros et il dissipait ses graines dans le désert. Le cheval de l’amour a pris le mors aux dents et ne craint plus la mort. Il va disant : « Je ne reconnais plus de sultan car mon oeuvre, c’est l’amour ! »
      Quand un lion voit son reflet dans un puits, il l’attaque et finit par tomber dans le puits. Il ne faut pas que l’homme soit intime avec la femme car l’homme et la femme sont comme le feu et le coton. Pour qu’un pareil feu reste innocent, il faudrait qu’il soit, comme celui de Joseph, arrosé de l’eau de vérité.
      Sur le chemin du retour, le vaillant guerrier établit son campement dans une forêt. Il était tellement sous l’emprise du feu de l’amour qu’il ne distinguait plus la terre du ciel. Rentrant sous sa tente, il se précipita à la rencontre de la belle esclave.
      En un tel instant, que devient la raison ? Que devient la crainte du sultan ? Quand le désir charnel bat le tambour, la raison s’effondre. Et nos yeux éblouis considèrent le sultan comme s’il était un moustique.
      Donc, le vaillant guerrier se défit et s’allongea aux côtés de la belle esclave. Au moment même où son membre atteignait sa forme achevée, un grand bruit éclata à l’extérieur. Notre héros se leva en hâte, se saisit de son épée et sortit de sa tente. Là, il vit un lion qui créait la panique parmi les soldats. Les chevaux étaient en fuite, renversant les tentes sur leur passage. Sans crainte, le guerrier se mit devant le lion et lui trancha la tête d’un seul coup d’épée. Puis, il retourna dans sa tente auprès de la belle esclave qui était pleine d’admiration devant son courage. Mais le membre du guerrier, qui était resté en érection durant son combat avec le lion, s’amollit soudain alors qu’il la prenait dans ses bras.
      Notre héros a perdu le droit chemin à cause d’une fausse aurore. Comme un moustique, il s’est noyé dans une marmite de lait. Quelques jours suffirent pour qu’il éprouve des remords : par crainte du sultan, il fit jurer à la belle esclave de ne pas révéler leur secret.
      Quand le sultan vit l’esclave, il tomba dans l’ivresse.
      « Vit-on jamais pareille chose, s’exclama-t-il. Je n’en crois pas mes yeux ! Cela dépasse tout ce qu’on m’avait rapporté ! »
      À quoi bon posséder l’Orient et l’Occident puisque tout ceci est aussi éphémère que l’étincelle ? Le sultan, plein de désir, emmena la belle esclave dans sa chambre dans le but de consommer l’acte d’amour. Mais, tandis qu’il était assis entre les jambes de cette dernière, un incident vint lui couper le chemin du plaisir. Un bruit de souris se fit entendre et son membre se ramollit soudain sans qu’il y puisse remédier. En effet, il craignait que ce soit là quelque serpent dissimulé dans la paille de la litière.
      À la vue de cette faiblesse soudaine et de ce ramollissement, la belle esclave se mit à rire car elle se rappelait le vaillant guerrier dont le membre était resté ferme au cours du combat avec le lion. Elle fut ainsi prise d’un rire incoercible. Et son rire était comme un déferlement qui finit par faire entrer le sultan dans une violente colère. Il dégaina son épée :
      « Dis-moi la vérité, s’écria-t-il. Ton rire a mis le doute dans mon coeur. Si tu me caches quelque chose, je te couperai la tête. Si tu parles, tu seras libre et heureuse. »
      L’esclave se vit donc contrainte de raconter son union avec le guerrier durant son voyage et aussi la cause de son rire : la comparaison entre le membre du guerrier face à un lion et celui du sultan face à une souris !
      Ne sème pas de mauvaises graines car un jour elles germeront et paraîtront au grand jour. D’un seul coup, le sultan comprit toutes les injustices qu’il avait commises dans le seul but de posséder cette esclave et il se repentit devant Dieu en disant :
      « J’ai eu envie de la femme d’un autre. J’ai forcé la porte d’autrui et quelqu’un a forcé ma porte ! Ce que j’ai voulu faire à d’autres, cela m’est arrivé à moi, comme punition. J’ai dérobé l’esclave du chah de Mossoul et on me l’a dérobée ! J’ai trahi et j’ai été trahi. Si je me venge sous l’empire de la colère, ceci me reviendra car je suis la source de tout ce qui vient d’arriver. Ô mon Dieu, pardonne-moi ! Pardonne-moi ! »
      Puis, il dit à l’esclave :
      « Que tout ceci reste entre toi et moi. Je te donnerai à ce vaillant guerrier car, par sa mauvaise action, il m’a fait un bien immense. »
      Il fit venir le guerrier et lui dit :
      « Cette esclave a cessé de me plaire car sa présence attriste la mère de mon enfant. Comme tu as risqué ta vie pour elle, je ne peux que te la remettre ! »
      Il la remit donc au guerrier et décapita ainsi sa colère et ses désirs.

 

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