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7 décembre, 2016

Le mistral, Xavier de MAGALLON

Classé dans : — unpeudetao @ 13:58

Par delà la mer enflammée,

Il s’est levé, tonitruant,

Avec un tumulte d’armée

Dans la bataille se ruant !

Déjà des frémissements vagues

Couvrent de rides et de vagues

Les étangs et les champs de blé ;

Un nuage d’inquiétude

Pèse au loin sur la solitude :

Les vastes chênes ont tremblé !

De l’antre inconnu qui le scelle

Il s’élance… Où court-il ? Est-il

De l’existence universelle

Le principe actif et subtil,

La force qui sans cesse afflue,

Par qui chaque chose évolue

Selon le temps, selon le lieu ?

Est-ce la Parole Éternelle

Qui, pour voyager, prend son aile ?

Est-il votre souffle, ô mon Dieu ?

Avant que le ciel et la terre,

Du fond du néant aient surgi,

Dans l’immensité solitaire,

Déjà, sans doute, il a rugi ;

Et quand, sanglante, naîtra l’aube

Qui doit voir notre pauvre globe

Se dissoudre effroyablement,

L’âme des choses, éperdue,

Fuira dans la morne étendue

Avec son dernier hurlement.

Tragique, il hennit et galope

Dans la stupeur des nuits d’hiver.

Et la terre qu’il enveloppe

Et fait se tordre ainsi qu’un ver,

Semble une vision ardente

Comme en percevait l’œil de Dante,

Quelque monde d’horreur éclos

Où la vie en pleurs se lamente,

Et qui fuit dans une tourmente.

Plein de clameurs et de sanglots.

Mais, chassant les maigres étoiles,

Le jour a bondi, rayonnant…

Au vent, les ailes et les voiles !

Le Mistral n’est plus maintenant

Qu’un souffle d’ivresse et de joie

Qui, vers l’Orient qui rougeoie,

Penche les pins harmonieux,

Les vagues de l’onde et de l’herbe.

Et, comme un navire superbe,

Roule la terre dans les cieux !

Oh ! dans les claires matinées,

Courir les gracieux sentiers

Des collines illuminées

Par la splendeur des églantiers !

S’enfuir dans le frais paysage

Quand l’air qui vous cingle au visage

Vous rend le cœur chaud, le sang prompt.

Vous met dans les yeux une flamme,

Vous met de doux songes dans l’âme

Et de hauts pensers sous le front !

C’est alors qu’allègre, on entonne

Des chants de gloire et de gaîté.

Qu’on rêve d’un combat qui tonne

Pour la France et la liberté !

Et c’est alors que, plus vivante.

L’âme de l’orateur invente

Les cris profonds, les mots amers

Qui, lorsque son verbe la foule,

Courbent les têtes d’une foule,

Comme l’ouragan fait aux mers !

Abats les maisons séculaires !

Casse les chênes sur les monts !

Va, Mistral ! Parfois tes colères

Nous coûtent cher, mais nous t’aimons,

Toi, dont les salubres haleines

Chassent des villes et des plaines

Les miasmes et la puanteur,

Toi par qui la terre ravie

Reçoit les germes de la vie.

Toi le grand purificateur !

Que ton souffle un jour les délaisse,

On verra nos corps épuisés

Trouver pesants, dans leur mollesse,

Les chants de lyre et les baisers.

Mais, grâce à toi, Mistral, nos bustes

Se cambrent lestes et robustes ;

Des vierges aux regards sereins

Tu fais la chair resplendissante,

Tu fais notre âme frémissante,

Nos bras forts, et souples nos reins !

Si jamais, dans quelqu’esclavage,

Nous savions plier les genoux,

Bondis sur nous, ô vent sauvage !

Comme un brin d’osier, brise-nous !

Mais, plutôt, pour garder nos grèves,

Nos monts, nos champs, nos fleurs, nos rêves

À l’ombre du pin parasol,

Rends toujours, par ta mâle étreinte,

Nos poitrines libres de crainte

Et nos pieds fermes sur le sol !

Et nous irons, sur les collines,

Où, dans le ciel, plein de frissons,

Les branches sont tes mandolines,

Mêler aux tiennes nos chansons !

Car tu fais encor que nous sommes

Des poètes aimés des hommes…

J’en sais un, au front éclatant,

Qui t’a chanté dans tes rafales.

Et, par ses odes triomphales,

Il t’égalait, en t’exaltant.

Si son œuvre n’était bénie,

S’il eût fait le mal quelquefois,

Tu serais frère du génie :

Il a tes bonds, il a ta voix.

Il a tes mille ailes de flammes,

Et tes tristesses, quand tu clames

Devant l’horizon sidéral !

Il a tes rumeurs infinies,

Tes lyrismes, tes harmonies

Et ton nom sonore, Mistral !

Xavier de MAGALLON (1866-1956).

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