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11 mai, 2012

Le palais de l’homme vêtu de bleu (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 13:52

 

      Des voyageurs, traversant un pays, découvrirent un palais magnifique au bord de la route. Ils firent halte pour mieux l’admirer. L’intendant sortit leur dire :
      « Mon maître, propriétaire de ce palais, vous invite à passer un moment en ces lieux. Il y aura pour vous rafraîchissements et divertissements, si vous voulez bien vous considérer comme nos invités. »
      Les voyageurs, ravis, suivirent l’intendant et entrèrent sur ses pas dans la cour. Une multitude s’y trouvait rassemblée. Tous avaient piteuse mine, semblaient malades. Les regards étaient fixés sur un homme revêtu d’une robe bleue. L’homme en bleu touchait les gens un par un, et un par un ceux-ci se transformaient : les membres estropiés étaient restaurés, les visages blêmes reprenaient les couleurs de la santé, les dos voûtés se redressaient.
      Un des voyageurs dit à ses compagnons :
      « Alors ça, pour être étrange, c’est étrange ! Cet homme est un guérisseur, et pourtant, dans la ville où j’habite, je l’ai vu aller de médecin en médecin, cherchant un remède pour les maux dont il souffrait. »
      En quelques minutes, le guérisseur eut fini de traiter ses patients. Il les renvoya, puis conduisit ses invités dans une salle de banquet où les attendaient toutes sortes de mets exquis. Les voyageurs s’assirent pour manger. L’un des compagnons dit à ses voisins :
      « Pour être étrange, c’est étrange ! Cet homme offre des banquets, et pourtant, dans la ville où j’habite, je l’ai vu aller de porte en porte quémander un bout de pain. »
      Quand le repas fut terminé, l’hôte les emmena voir ses jardins, qui s’étendaient sur une immense superficie. Là, parmi des fleurs et des fruits de toute espèce, une armée de jardiniers s’activait.
      Quand l’homme vêtu de bleu fut hors de portée de voix, un autre encore des voyageurs dit à ses compagnons :
      « Pour être étrange, c’est étrange ! Voici un homme qui emploie cinq cents jardiniers, au bas mot, et pourtant j’ai vu ce même homme, dans l’endroit où j’habite, chercher désespérément du travail sans pouvoir la plupart du temps en trouver. »
      L’étonnement des visiteurs allait croissant ; il ne s’atténua pas quand un autre dit encore :
      « Cet homme est bien connu dans ma région. Là, c’est un mendiant, pitoyable, la main tendue dans l’attente du plus petit sou. Ici pourtant il doit dépenser plus d’argent en un jour qu’un roi en une année. »
      Aussi surprenant que cela puisse paraître, chacun des voyageurs sans exception avait vu l’homme vêtu de bleu, à un moment ou à un autre, dans le dénuement et la souffrance.
      Leur plaisir était mêlé de perplexité.
      Après qu’ils eurent passé ainsi plusieurs heures à visiter les lieux, leur hôte dit à son intendant :
      « Je vais aller me reposer maintenant. Raccompagne, je te prie, nos amis jusqu’à la grand-route, et satisfais toute curiosité qu’ils pourraient avoir : il y a peut-être encore un détail ou deux sur lesquels ils n’ont pas été informés. Il serait contraire aux lois de l’hospitalité de les laisser partir sans avoir répondu à leurs désirs. »
      L’intendant reconduisit les voyageurs jusqu’à la porte du palais. Ceux-ci se pressaient autour de lui, ils parlaient tous à la fois ; la question de l’un portait sur les guérisons, celle d’un autre sur la nourriture, celle d’un troisième sur la pauvreté ; un quatrième s’étonnait de ce train de vie de grand seigneur.
      « J’ai une chose à vous dire, déclara l’intendant, une seule, qui sera la réponse à toutes vos questions, car vos questions sont en réalité une seule question, bien qu’elles vous paraissent différentes. Votre réponse, la voici :
      « Mon maître, en personne, a donné autrefois à chacun d’entre vous une occasion de l’aider. Quand un nécessiteux demande de l’aide et que vous lui apportez votre aide, vous vous aidez vous-mêmes. C’est ainsi que la voie par laquelle l’homme peut faire le bien est restée ouverte tout le temps, dans toutes les sociétés, sous toutes les formes possibles. »
      L’intendant fit demi-tour, rentra dans le palais. Comme il en franchissait le seuil, le palais disparut. Il n’en resta pas trace.

 

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Une réponse à “Le palais de l’homme vêtu de bleu (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    Aucun moustique ne pique par méchanceté.
    Proverbe.

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