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20 novembre, 2014

Le petit berger et la chevrette ou le conte des étoiles (Conte touareg)

Classé dans : — unpeudetao @ 13:06

Il y a longtemps, le ciel était vide. Les étoiles n’existaient pas et les Touaregs, pour se déplacer, se fiaient à leur seul instinct, à leurs chameaux et au terrain. Ils ne connaissaient pas, aussi, ni musique, ni poésie. La vie, sans étoiles, sans poésie et sans musique, semblait alors bien fade, comme une taguella sans sel.

Un jour qu’un petit berger touareg, aux grands yeux noirs, gardait comme à son habitude le troupeau de chèvres familial, une chevrette gambadant insouciante, s’éloigna et par malheur, tomba dans un interstice sombre et profond, dont elle ne put ressortir, malgré tous ses efforts. La chevrette s’agrippait de ses petites pattes aux parois abruptes pour, à chaque fois, hélas, retomber. S’apercevant de la disparition de la chevrette, le petit berger parti vite à sa recherche. Vif et rapide, sautant de roche en roche, il explora tous les alentours jusqu’à la retrouver. La crevasse s’avérant profonde et étroite, il déploya mille efforts d’ingéniosité, allant jusqu’à s’y dangereusement glisser en se tenant d’une main à un tachkat, malgré le risque que constituait pour la peau le lait corrosif de cet arbrisseau, tout en saisissant la chevrette de l’autre pour la faire remonter à l’air libre. Il parvint, ainsi, à sauver l’imprudente petite bête d’une mort certaine de faim et de soif. Le jeune berger avait réussi, mais la nuit était tombée. Le noir épais, des nuits sans étoiles d’alors, le cerna et il ne put retrouver le chemin du campement. Le temps passa et, au campement, la maman du petit berger se mourait d’inquiétude pour son jeune enfant. Elle était tellement éplorée que son inquiétude monta jusqu’au ciel et si haut que Dieu entendit tant ses prières, que les bêlements d’allégresse de la jeune chèvre lors de son sauvetage. Dieu alors, dans son infinie miséricorde, lança, pendant que se faisait entendre comme une musique d’Imzad, une poignée d’étoiles, qui constella immédiatement le ciel, indiquant au berger comment revenir au campement. Chemin faisant, en regardant le ciel illuminé, l’enfant senti monter à ses lèvres le premier poème du monde, qu’il s’empressa de réciter à sa mère, sitôt que, contre sa douce poitrine, il se serra.

 

C’est depuis cette nuit magique que le ciel fut rempli d’étoiles, que le peuple touareg apprit comment se diriger grâce à celles-ci et que la poésie emplit le monde de sa musique. Et c’est ainsi que la bonté, un jour, d’un petit garçon vis-à-vis d’une chevrette, illumina, pour toujours, les nuits du monde.

 

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