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29 avril, 2012

Le peuple de Saba (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:27

 

      En parlant de sottise, il me revient l’histoire du peuple de Saba. En effet, leur sottise était contagieuse comme la peste.
      La ville de Saba était une très grande cité, aussi grande que les cités dont on parle dans les contes pour enfants. On parle de conte pour enfants mais ces contes sont des boîtes de perles qui contiennent bien des enseignements. Prenez au sérieux les mots insensés des contes.
      La ville de Saba, donc, était incomparable par sa taille. Mais ses habitants étaient incapables de l’apprécier. La distance à parcourir pour aller d’un bout de la ville à l’autre était incommensurable. Dans cette seule ville se trouvait la population d’une dizaine de cités. Cette population se composait en tout et pour tout de trois personnes au visage sale. Bien qu’elle soit innombrable, elle se résumait à ces trois personnages futiles. En effet, les âmes qui ne voient pas le Bien-Aimé ne valent même pas une demi-personne, quand bien même elles seraient des milliers.
      L’un d’eux était un aveugle dont la vue était perçante. C’est-à-dire qu’il pouvait voir une fourmi mais qu’il était incapable d’apercevoir Salomon.
      Le second était un sourd dont l’ouïe était très fine. Autant dire un trésor sans or.
      Quant au dernier, c’était un homme nu dont la robe était très longue.
      L’aveugle dit soudain :
      « Je vois une armée qui s’approche. Je peux même distinguer de quel peuple il s’agit. »
      Le sourd dit à son tour :
      « Tu as raison ! J’entends le bruit de leur conversation. »
      L’homme nu dit alors :
      « J’ai bien peur qu’ils ne déchirent l’ourlet de ma robe ! »
      L’aveugle reprit :
      « Les voilà qui arrivent ! Nous devons nous enfuir si nous voulons éviter d’être capturés. »
      Le sourd :
      « Leur vacarme se rapproche. Fuyons au plus vite ! »
      L’homme nu :
      « Au secours ! On va lacérer ma robe ! »
      C’est ainsi qu’ils quittèrent la ville pour se réfugier dans un village abandonné. Là, ils trouvèrent un oiseau bien gras, mais qui n’avait pas de chair. C’était une charogne qui avait été dévorée par les vautours et ses os restaient épars. Nos trois hommes dévorèrent cet oiseau, comme un lion dévore sa proie. Et chacun d’eux crut avoir trouvé la satisfaction. Mais ils se mirent à grossir à tel point qu’ils devinrent énormes comme des éléphants et que le monde fut trop petit pour eux. Et c’est ainsi qu’ils passèrent par la fente de la porte.
     
      Le sourd, c’est le désir. Il entend venir la mort des autres, mais pas la sienne. L’aveugle, c’est l’ambition. Il voit les défauts du peuple jusque dans le moindre détail mais il reste aveugle pour les siens. L’homme nu craint qu’on ne coupe l’ourlet de sa robe mais comment cela se pourrait-il ? Le peuple de cette terre est ruiné mais il craint les voleurs. Nous sommes tous arrivés nus en ce monde et c’est ainsi que nous le quitterons. Mais nous avons tous la crainte des voleurs. Au moment de la mort, les riches comprennent qu’ils ne possèdent pas un sou. Les hommes de talent sentent qu’ils ont fait fausse route. Ils sont comme ces enfants qui prennent des morceaux de poterie pour des biens précieux. Si on les leur retire, ils pleurent. Et si on les leur donne de nouveau, ils sont contents. L’enfant, tant qu’il n’est pas adulte, ne distingue pas le bien du mal. Ses larmes et son rire n’ont aucune valeur. Les aristocrates tremblent pour leurs biens comme s’ils les avaient acquis en rêve. Si on les réveillait, ils se moqueraient de leur crainte des voleurs. Les savants de ce monde sont semblables. Ils craignent les voleurs et ils se plaignent en disant : « Les voleurs gaspillent notre temps ! » Mais celui qui récolte ce qui est véritablement utile ne se préoccupe pas du temps car le temps n’existe pas pour lui.

 

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