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2 novembre, 2014

Le plaisir, Khalil GIBRAN

Classé dans : — unpeudetao @ 3:43

Alors, un ermite, qui visitait la ville une fois par an, s’avança et dit, Parle-nous du Plaisir. Et il répondit, disant : Le plaisir est un chant de liberté, Mais il n’est pas la liberté. Il est l’épanouissement de vos désirs, Mais non leur fruit. C’est un abîme appelant un sommet, Mais ni un abîme ni un sommet. C’est le prisonnier prenant son envol, Mais non l’espace qui l’entoure. Oui, en vérité, le plaisir est un chant de liberté. Et je serai trop heureux de vous l’entendre chanter de tout votre cœur ; mais je ne voudrai pas vous voir perdre vos cœurs en ce chant. Certains parmi vos jeunes recherchent le plaisir comme s’il était tout, et ils sont jugés et châtiés. Je ne voudrais pas les juger, ni les châtier. Je voudrais qu’ils cherchent. Car ils trouveront le plaisir, mais pas lui seul ; Sept sont ses sœurs, et la moindre d’entre elles est plus belle que le plaisir. N’avez-vous point entendu parler de l’homme qui creusait la terre pour découvrir des racines, et qui trouva un trésor ? Et certains de vos anciens se souviennent du plaisir avec regret, comme des fautes commises en état d’ivresse. Mais le regret est pour l’esprit un obscurcissement, et non son châtiment. Ils devraient se souvenir de leurs plaisirs avec reconnaissance, ainsi qu’ils se souviennent d’une récolte d’un été. Pourtant, si le regret les réconforte, laissez-les en être réconfortés. Et il y a parmi vous ceux qui ne sont ni assez jeune pour chercher, ni assez vieux pour se souvenir ; Et dans leur crainte de chercher et de se souvenir, ils fuient le plaisir, de peur de négliger l’esprit ou de lui faire offense. Mais dans leur renoncement même est leur plaisir. Et ainsi ils trouvent également un trésor, bien qu’ils creusent à la recherche de racines de leurs mains tremblantes. Mais dites-moi, qui peut prétendre offenser l’esprit ? Le rossignol offensera-t-il la tranquillité de la nuit, ou la luciole celle des étoiles ? Et la flamme ou la fumée de votre feu sera-t-elle un fardeau pour le vent ? Croyez-vous que l’esprit soit un étang paisible que vous pouvez troubler d’une perche ? Souvent, en reniant le plaisir vous ne faites qu’accumuler le désir dans les replis de votre être. Qui peut savoir si ce qui paraît oublié aujourd’hui n’est pas dans l’attente de vos lendemains ? Votre corps, lui, connaît son hérédité et son juste besoin et ne voudra pas être déçu. Et votre corps est la harpe de votre âme, Et il n’en tient qu’à vous d’en issir une musique ravissante, ou des sons discordants. Et maintenant vous vous demandez en votre cœur, « Comment allons-nous distinguer ce qui est bon dans le plaisir de ce qui ne l’est pas ? ». Allez dans vos champs et vos jardins, et vous découvrirez que butiner le nectar de la fleur est le plaisir de l’abeille, Mais c’est aussi le plaisir de la fleur de donner son nectar à l’abeille. Car pour l’abeille, la fleur est une source de vie, Et pour la fleur, l’abeille est la messagère de l’amour, Et pour tous deux, l’abeille et la fleur, donner et recevoir le plaisir sont un besoin et une extase. Peuple d’Orphalèse, soyez en vos plaisirs comme la fleur et l’abeille.

 

Khalil GIBRAN (1883-1931).

 

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