11 novembre, 2015

Le prêtre, Marie JENNA

Classé dans : — unpeudetao @ 14:25

À ces fragiles biens qu’ici-bas l’homme espère,                   À la gloire, aux plaisirs, Il a fermé son cœur, et des bruits de la terre                   N’entend que les soupirs. Comme un aigle qui monte aux plaines inconnues                   Et se baigne de feu, Longtemps son âme aussi, les ailes étendues,                   Se pénètre de Dieu. Puis, quand des voix du ciel il sent en sa poitrine                   Vibrer l’écho profond, Quand l’auguste reflet de la face divine                   Illumine son front ; Lorsque le crucifix s’est en traits ineffables                   Imprimé sur son cœur, Et qu’un amour céleste, héroïque, indomptable,                   L’emplit de son ardeur, Il vient ! Les affamés de la manne de vie                   L’attendent à genoux, Et la source limpide où sa voix nous convie                   S’épanche à flots sur nous. Vers l’humble, vers l’enfant, souriant, il abaisse                   Sa douce majesté On dirait que la femme en lui met sa tendresse,                   L’ange, sa pureté. Et le pauvre, accablé du poids de sa misère,                   En verse la moitié Dans ce vase formé d’amour et de lumière,                   De force et de pitié. Ô saint médiateur, ô messager sublime,                   Prêtre, nous l’avons vu Relever le pécheur du fond de son abîme                   Pour en faire un élu ; Tendre ta noble main sur chaque tête humaine                   Que l’on ose opprimer, Et de ton ennemi décourager la haine                   À force de l’aimer. Prêtre, nous t’avons vu te pencher sur la couche                   Du pauvre abandonné, Sans craindre en lui parlant d’aspirer de sa bouche                   Le souffle empoisonné. Auprès du meurtrier que le remords oppresse,                   Nous t’avons vu t’asseoir, Et du sombre captif, en indicible ivresse,                   Changer le désespoir. En entendant monter de ce morne silence                   Des hymnes de bonheur ; En voyant tout à coup déborder l’espérance                   Des coupes de douleur ; En suivant pas à pas ce sillage de grâce                   Que le prêtre a laissé, Les mondains étonnés se disent à voix basse                   Eh ! qui donc a passé ?

 

Marie JENNA (1834-1887).

 

*****************************************************

 

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose