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8 mai, 2012

Le prisonnier (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:59

 

      Il y avait un soufi qui accompagnait une armée en guerre. Quand vint le moment du combat, les cavaliers partirent comme des flèches mais le soufi resta dans sa tente. Car les âmes pesantes restent sur terre tandis que les âmes ardentes s’élèvent jusqu’au ciel.
      Les soldats revinrent victorieux, possesseurs d’un immense butin. Au moment du partage, ils voulurent en faire profiter le soufi mais lui refusa en alléguant sa tristesse d’avoir manqué le combat. Comme rien ne parvenait à calmer sa peine, les soldats lui dirent :
« Nous avons ramené une grande quantité de prisonniers. Tu n’as qu’à tuer l’un d’eux et, de cette manière, tu auras participé au combat ! »
      Cette solution rendit le soufi tout joyeux et, s’emparant de l’un des prisonniers, il l’emmena derrière sa tente pour le tuer, afin d’avoir supprimé au moins un ennemi.
      Un long moment s’écoula et les soldats finirent par se demander la raison de ce retard insolite. L’un d’eux, par curiosité, alla aux nouvelles. Or, derrière la tente, il découvrit le prisonnier, les mains liées. Il avait mordu le soufi au cou et ce dernier, le visage ensanglanté, gisait à terre, vaincu.
      Il en va de même pour toi. Devant ton ego, qui a pourtant les mains liées, tu t’évanouis comme le soufi. Tu éprouves le vertige du haut d’une petite colline mais des milliers de montagnes t’attendent.
      Les soldats tuèrent immédiatement le prisonnier et lavèrent le visage du soufi avec de l’eau de rose pour calmer sa douleur. Quand il reprit connaissance, on lui demanda :
      « Est-il possible d’être aussi faible ? Comment as-tu pu te laisser vaincre par un homme aux mains liées ? »
      Le soufi répondit :
      « Au moment où je m’apprêtais à lui couper la tête, il m’a jeté un regard étrange et j’ai perdu connaissance. Une armée a surgi de son regard pour m’attaquer. C’est là tout ce dont je me souviens ! »
      Les soldats répliquèrent :
      « Il est inutile de participer à la guerre lorsqu’on a un pareil courage. Un prisonnier ligoté a eu raison de ta patience ! Le bruit d’une épée qui tranche une tête n’est pas le bruit d’un battoir à linge ! Tu n’es pas familier avec le combat des hommes. Comment pourrais-tu prétendre nager dans un océan de sang ? Bien des têtes sans corps roulent à terre car il ne s’agit pas d’une invitation à se mettre à table. Ne retrousse pas tes manches comme s’il s’agissait de manger une écuelle de soupe. Ceci est une affaire d’hommes et non pas de timorés ! »
     
      Comment la raison qui s’effraie d’une souris pourrait-elle dégainer son épée devant l’ennemi ? Un pareil combat n’est pas fait pour ceux qui se réfugient d’une illusion dans une autre.

 

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