• Accueil
  • > Le riche et le derviche (Conte soufi)

17 mai, 2012

Le riche et le derviche (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:35

 

      Un jour, un homme riche et généreux demanda à un derviche :
      « Ô soufi ! dis-moi : préfères-tu que je te donne tout de suite une pièce d’or ou bien que je t’en donne trois, mais demain seulement ? »
      Le derviche répondit :
      « Si tu m’avais donné hier une demi-pièce d’or, j’aurais été plus satisfait que d’une pièce d’or aujourd’hui ou que de cent pièces demain ! »
      Une gifle donnée sur l’instant vaut mieux qu’une faveur espérée. Voici mon cou : Donne-moi une gifle si tu veux, mais fais-le tout de suite !
      Un jour, le sultan Mahmud, qui allait par les mes, déguisé, croisa un groupe de voleurs. Ils lui demandèrent :
      « Qui es-tu donc ? »
      Le sultan répondit :
      « Je suis un de vos confrères ! »
      Alors, l’un des voleurs proposa que chacun d’eux explique aux autres quel talent particulier il possédait pour exercer son art. Il commença :
      « Ô mes amis ! Je possède un don tout à fait rare. Ce sont mes oreilles. A tel point que lorsqu’un chien aboie, je parviens à comprendre ce qu’il veut dire.
      – À quoi bon ? » demandèrent les autres.
      Un second voleur enchaîna :
      « Ô mes amis ! Quant à moi, je possède une vue perçante. Si je vois quelqu’un, fût-ce en pleine nuit, je le reconnaîtrai sans hésiter le lendemain en plein jour. » Un autre :
      « Moi, ce sont mes bras et mes mains qui font ma supériorité car ils sont vraiment très musclés ! »
      Un autre :
      « En ce qui me concerne, je suis doté d’un odorat très subtil. Tous les secrets de la terre se manifestent à mon nez. Tout ce qui se cache sous la terre, or, argent ou joyaux, je le sens. Je peux découvrir ainsi une mine d’or. « 
Un autre encore :
 » Moi, je suis adroit de mes mains et suis passé maître dans l’art de lancer le lasso. « 
Enfin, tous se tournèrent vers le sultan et lui dirent :
 » Et toi, ami ! Quel est donc ton talent ? « 
      Le sultan répondit :
      « C’est par ma barbe que je suis doué. En la faisant bouger, je peux éviter les châtiments. Si un bourreau s’apprête à punir un coupable, je n’ai qu’à bouger ma barbe et, à l’instant même, la peur et la mort s’évanouissent. »
      À ces mots, les voleurs s’écrièrent :
      « Pour sûr, tu es notre maître à tous ! Car viendra le jour où nous aurons recours à tes services. »
      Puis ils se dirigèrent de conserve vers le palais du sultan. Soudain, un chien se mit à aboyer. Le spécialiste de l’ouïe dit alors :
      « Ce chien nous avertit que le sultan est parmi nous. »
      Le spécialiste de l’odorat huma la terre et dit :
      « C’est ici la demeure d’une veuve ! »
      Le lanceur de lasso lança le sien sur le faîte d’un mur. Tous grimpèrent à sa suite. Celui qui savait sentir dit alors :
      « C’est ici qu’est caché le trésor du sultan ! »
      Le voleur aux bras athlétiques démolit le mur qui renfermait le trésor et chacun des voleurs put ainsi se servir. Il y avait là des tissus richement décorés, des pièces d’or, des joyaux…
      Au petit matin, le sultan quitta ses compagnons, en prenant soin de mémoriser leurs visages ainsi que l’emplacement de leur repaire. Puis, il envoya ses soldats pour les arrêter.
      Les voleurs furent ainsi conduits devant le sultan, pieds et poings liés. Us tremblaient de peur. Celui qui savait reconnaître les gens dans le noir dit aux autres :
      « Cet homme-là était avec nous hier soir ! C’est lui qui est le spécialiste de la barbe. Où que nous soyons, le sultan est toujours avec nous et cet homme est le véritable sultan ! Il a vu ce que nous faisions et entendu nos secrets. En notre nom à tous, j’implore son pardon ! »
      Chacun de nous possède quelque talent. Mais bien souvent ces talents ne font qu’accroître nos tourments. À l’heure du châtiment, tous ces talents sont vains. Seul en réchappe celui qui a su reconnaître le sultan en pleine nuit car le sultan ne punit pas celui qui l’a vu.

 

*****************************************************

 

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose