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13 mai, 2012

Le sage et le prêtre (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 5:24

 

      Un sage demanda un jour à un vieux prêtre :
      « De toi et de ta barbe, lequel des deux est le plus âgé ? »
      Le prêtre répondit :
      « Je suis né avant ma barbe et j’ai connu l’univers avant elle.
      – Ta barbe est blanche, reprit le sage, elle a abandonné son état d’origine. Mais toi, tu n’as pas encore changé ta mauvaise nature. Bien que ta barbe soit née après toi, elle t’a devancé. Toi, tu es encore dans la sécheresse du désir, dans la sécheresse du « moi » et du « nous ». Tu es toujours dans la même disposition d’esprit qu’à ta naissance. Tu n’as pas fait un pas. Toute ta vie, tu es resté dans un four ardent, mais tu es demeuré en ton état de boue. Tu es mû par le vent de tes désirs mais tu es fixé au sol comme une paille desséchée. Comme le peuple de Moïse, tu es resté dans le désert durant quarante ans. Tu cours du matin au soir mais tu reviens toujours au même point. Tant que tu demeureras amoureux du veau d’or, ton salut sera impossible, quand bien même tu t’y consacrerais pendant trois siècles. Dieu t’a comblé de ses faveurs mais, comme ta nature est celle d’un boeuf, l’amour du veau a remplacé l’amour de la vérité dans ton coeur. Interroge donc ton corps et ne crois pas qu’il soit sans langue ! Peut-être a-t-il à sa disposition des centaines de langages ! Tu cherches jour et nuit une légende mais ton corps t’en raconte une. Il en va comme pour l’été. C’est grâce à lui que pousse le coton mais le coton reste quand l’été est oublié. Il en va comme de la glace. Elle surgit de l’hiver. La glace reste quand l’hiver a disparu. De même, chacun des membres de ton corps te raconte les faveurs de Dieu. Si l’ivresse et les jeux de l’amour n’existaient pas, pas une femme ne serait tombée enceinte. Sans printemps, aucun jardin ne donne de fruits. Les femmes enceintes et les enfants qu’on tient sur les genoux sont des signes du printemps et des témoins des jeux de l’amour. Chaque arbre allaite son enfant car, comme Marie, il est tombé enceint d’un sultan inconnu.
      « Ô prêtre ! Commande à ton chagrin de n’être point oublieux des faveurs qu’il a reçues. S’il n’y avait pas en toi un perpétuel printemps, que contiendrait donc le grenier de ton corps ? Ton corps est un monceau de roses et tes idées sont l’eau de ces roses. Mais, quelle étrange chose ! L’eau de rose renie les roses !
      « L’obstination et le blasphème sont le propre du chimpanzé mais la gratitude et la contemplation forment le chemin du prophète. Si cette naissance ne s’était pas produite lors de l’éclipse de lune, il y aurait moins de philosophes égarés dans cette nuit. Bien des hommes sensés furent victime de cet égarement et ils ont vu une montagne sur leur nez ! »

 

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