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4 février, 2012

Le sentier dans la montagne (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:04

 

     Un homme intelligent, entraîné à la réflexion, arriva dans un village. Il souhaitait comparer les différents points de vue qui pourraient s’y trouver représentés : c’était pour lui une sorte d’exercice en même temps qu’une étude.
     Il alla à la maison de thé et demanda à voir l’homme le plus véridique et le plus grand menteur du village. Les villageois présents furent unanimes à reconnaître que le dénommé Kazzab était un fieffé menteur, et que Rastgu était véridique entre tous.
     Notre savant rendit visite à Rastgu, puis à Kazzab. À chacun il posa la même question : « Quel est le meilleur chemin d’ici au village voisin ? »
     Rastgu le Véridique répondit : « Le sentier dans la montagne. »
     Kazzab le Menteur répondit : « Le sentier dans la montagne. »
     Ce qui laissa naturellement le savant fort perplexe.
     Aussi interrogea-t-il d’autres villageois, des villageois ordinaires.
     Les uns dirent : « Il faut y aller par la rivière. » D’autres : « Le mieux est de prendre à travers champs. » D’autres encore : « Le meilleur itinéraire, c’est le sentier dans la montagne. »
     Il prit le sentier dans la montagne.
     Il n’avait pas oublié le but de son voyage, mais à la question de la diversité des opinions s’ajoutait maintenant celle du mensonge et de la vérité…
     Quand il fut arrivé au village voisin, il s’arrêta à la maison de thé, où il raconta ce qui s’était passé. Il conclut son récit par ces mots :
     « À l’évidence, j’ai commis une erreur fondamentale d’un point de vue logique : je n’ai pas questionné les gens qu’il fallait pour connaître les noms du Véridique et du Menteur. Je suis venu ici sans difficulté par le sentier de montagne. »
     Un sage, présent dans la salle, prit la parole :
     « Les logiciens, il faut le reconnaître, sont enclins à l’aveuglement, et doivent demander l’aide d’autrui, mais là n’est pas la question. Voici les faits : l’itinéraire le plus facile est la rivière, aussi le menteur t’a-t-il suggéré de venir par la montagne. Quant à l’homme véridique, il n’était pas seulement véridique, il était observateur. Il avait remarqué que tu voyageais à dos d’âne. Avec un âne, le sentier est un itinéraire relativement facile. Le menteur, lui, était peu observateur : il n’avait pas noté que tu n’avais pas de barque. Sinon, il t’aurait proposé de venir par la rivière. »

 

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Une réponse à “Le sentier dans la montagne (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    « Les gens ne peuvent croire à la réalité des aptitudes et des dons que l’on prête aux soufis. Ils ne savent pas ce qu’est la croyance réelle. Ils croient toutes sortes de choses qui ne sont pas vraies, par habitude ou parce qu’elles leur sont dites par des autorités.
    « La croyance réelle, c’est autre chose. Ceux qui sont capables de croyance réelle, dans ceci ou cela, sont ceux qui en ont fait l’expérience. Une fois qu’ils en ont fait l’expérience… les récits illustrant les aptitudes et les dons des soufis ne leur sont d’aucune utilité. »
    Ces paroles, attribuées à Sayed Shah, Qadiri (mort en 1854), précèdent quelquefois « Le sentier dans la montagne ».

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