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17 mai, 2012

Le sutra de la négligence (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:47

 

      C’est la tâche de Khidr, le Guide caché, de parcourir la Terre d’âge en âge, sous des aspects divers, et d’inciter l’homme à penser d’une manière telle qu’il ait une possibilité de rassembler son moi dispersé.
      Il était une fois trois hommes que Khidr devait mettre à l’épreuve.
      Le premier était atteint d’un terrible mal. Khidr alla vers lui.
      « Que veux-tu ? lui dit-il.
      – Je souffre, je voudrais être soulagé.
      – Et quoi d’autre ?
      – Je voudrais avoir de l’argent, et du succès. »
      Khidr lui accorda les deux souhaits.
      Ayant entendu les supplications d’un deuxième homme, Khidr alla vers lui et lui dit :
      « Que veux-tu ?
      – Je ne veux qu’une chose, dit cet homme : que mon ami et conseiller, que ses ennemis ont capturé et torturent, soit libéré, car il est sur le point de mourir.
      – Et que veux-tu encore ?
      – Je voudrais avoir du bien, pour être respecté mes semblables. »
      Khidr lui accorda ses deux souhaits. Puis Khidr alla vers le troisième homme, qui désirait très fort quelque chose.
      « Que veux-tu ? lui dit-il.
      – Je veux que mes enfants soient protégés, car ils vivent dans la peur et la terreur.
      – Et que veux-tu encore ?
      – Je veux le prestige, afin d’imposer le respect et d’avoir une vie sans problèmes. »
      Khidr lui accorda ce qu’il voulait.
      Des années plus tard, Khidr revint voir ce que les trois hommes avaient fait de leur vie, et comment ils vivaient la vie.
      Il se présenta chez le premier, revêtu d’un déguisement.
      « Je suis un pauvre voyageur, dit-il, j’ai besoin d’aide et d’argent pour atteindre ma destination. J’ai encore une grande distance à parcourir, et tu es mon dernier recours.
      – Tu me prends pour un banquier ! s’exclama le premier homme. Car il avait tout fait pour oublier le temps où il n’était lui-même qu’un indigent.
      « Je ne peux rien te donner… à moins que tu puisses m’aider, parce que ces dernières années, bien que j’aie de l’argent, je me suis mis à boiter.
      – Tu ne te souviens pas de moi ? insista Khidr.
      – Non, fit l’homme, je ne me souviens pas de toi. Va-t-en ! »
      Alors Khidr alla voir le deuxième homme, qui était dans une situation prospère.
      « Je suis un pauvre voyageur, lui dit-il, j’ai besoin de ton aide, car beaucoup sont dépendants de moi, et je dois atteindre ma destination : je pourrai les aider par mon travail quand j’y serai parvenu.
      – Mais tu n’appartiens pas à la même communauté que moi, fit remarquer le deuxième homme. Je ne peux aider que mes frères, ceux qui obéissent aux lois auxquelles j’obéis. Pourquoi devrais-je te secourir ? »
      Khidr se remit en route. D arriva bientôt à la porte du troisième homme.
      « Il se peut que tu m’aies oublié, dit-il. Un jour je t’ai aidé : tu voulais protection pour tes enfants, et tu désirais aussi inspirer le respect et réussir dans la vie. »
      L’homme le regarda avec attention.
      « Je n’ai aucun souvenir de cette affaire, dit-il enfin ; car il avait tout oublié.
      « Mais je veux bien t’aider : pourquoi donc ne devrais-je donner qu’en paiement d’une dette ou dans l’attente d’un profit personnel ! »
      Un théoricien de la tradition soufie, superficiel et moralisateur, qui se trouvait là, s’en prit à Khidr et l’injuria sans ménagement.
      « Cet homme est mon ami, et c’est manifestement un saint, lança-t-il. Tu as entendu ce qu’il a dit ? Tu devrais avoir honte d’avoir tenté de manipuler ses sentiments comme tu l’as fait ! »

 

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