27 avril, 2012

Le trésor (Conte soufi)

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      À l’époque du prophète David, un homme adressait à Dieu ce genre de prière :
      « Ô Seigneur ! Procure-moi des trésors sans que j’aie à me fatiguer. N’est-ce pas toi qui m’as créé, si paresseux et si faible ? Il est normal qu’on ne charge pas de la même manière un âne débile et un cheval plein de vigueur. Je suis paresseux, il est vrai, mais je n’en dors pas moins sous ton ombre ! »
      Il priait ainsi du matin au soir et ses voisins se moquaient de lui. Certains d’entre eux le réprimandaient et d’autres le raillaient en disant :
      « Le trésor que tu appelles de tes voeux n’est pas loin. Va le chercher. Il est là-bas ! »
      La célébrité de notre homme s’accroissait de jour en jour dans le pays. Or, un jour qu’il priait chez lui, une vache emportée fracassa sa porte de ses cornes et pénétra dans sa demeure sans cérémonie. L’homme s’empara d’elle, lui lia les pieds et, sans hésiter une seconde, il l’égorgea. Puis, il se rendit en courant chez le boucher afin que celui-ci dépèce sa victime.
      Sur son chemin, il croisa le propriétaire de la vache. Celui-ci l’apostropha :
      « Comment as-tu osé égorger ma vache ? Tu m’as causé un tort considérable ! »
      L’autre répondit :
      « J’ai imploré Dieu pour qu’il pourvoie à ma subsistance ! J’ai prié jour et nuit et finalement ma prière a été entendue et ma subsistance s’est présentée à moi. Voici ma réponse ! »
      Le propriétaire l’attrapa par le col et lui assena deux gifles. Puis, il l’entraîna chez le prophète David en disant :
      « Espèce d’idiot ! Je vais te montrer le sens de tes prières ! »
      L’autre insistait en disant :
      « C’est pourtant vrai. J’ai beaucoup prié et Dieu m’a entendu ! »
      Le propriétaire de la vache ameuta la population par ses cris :
      « Venez tous admirer celui qui prétend s’approprier mes biens par la prière ! S’il en était vraiment ainsi, tous les mendiants seraient riches ! »
      Les gens qui s’assemblaient autour d’eux commencèrent à lui donner raison.
      « Tu dis vrai ! Les biens s’achètent ou s’offrent. Ou encore ils s’obtiennent par héritage. Mais aucun livre ne mentionne ce procédé d’acquisition. »
      Un grand bruit se fit dans la ville autour de cet événement. Le pauvre, quant à lui, se tenait face contre terre et priait Dieu en ces termes :
      « Ô mon Dieu ! Ne me laisse pas ainsi, dans la foule, couvert de honte. Toi, tu sais que je n’ai cessé de t’adresser mes prières ! »
      Enfin, on arriva chez le prophète David et le plaignant prit la parole :
      « Ô prophète ! Rends-moi justice ! Ma vache est entrée chez cet imbécile et lui, il l’a égorgée. Demande-lui pourquoi il s’est permis d’agir ainsi. »
      Le prophète se retourna alors vers l’accusé pour lui demander ses explications. Celui-ci répondit :
      « Ô David ! Depuis sept années, je prie Dieu jour et nuit. Je lui demande de pourvoir à ma subsistance sans que j’aie à m’en soucier. Ce fait est connu de tous, même des enfants de cette ville. Tout le monde a entendu mes prières et chacun s’est bien moqué de moi à ce sujet. Or, ce matin, alors que je priais, les yeux remplis de larmes, voilà que cette vache pénètre chez moi. Ce n’est certes pas la faim qui m’a poussé, mais plutôt la joie de voir mes prières exaucées. Et ainsi, j’ai égorgé cette vache en rendant grâce à Dieu. »
      Le prophète David dit alors :
      « Ce que tu me dis est insensé ! Car de telles assertions ont besoin d’être étayées par des preuves recevables devant la loi. Il m’est impossible de te donner raison et d’instaurer ainsi un précédent. Comment peux-tu prétendre t’approprier quoi que ce soit sans en avoir hérité ? Personne ne peut récolter s’il n’a semé auparavant. Va ! Rembourse cet homme. Si tu n’as pas l’argent nécessaire, empruntes-en ! »
      L’accusé se révolta :
      « Voilà que toi aussi tu te mets à parler comme ce tortionnaire ! »
      Il se prosterna et dit :
      « Ô mon Dieu, Toi qui connais tous les secrets. Inspire le coeur de David. Car les faveurs que tu m’as offertes n’existent pas dans son coeur ! »
      Ces paroles et ces larmes touchèrent le coeur de David. Il s’adressa alors au plaignant :
      « Donne-moi un jour de délai afin que je puisse me retirer pour méditer. Afin que Celui qui connaît tous les secrets m’inspire dans mes prières. »
      Ainsi, David se retira-t-il en un lieu écarté et ses prières furent acceptées. Dieu lui révéla la vérité et lui désigna le véritable coupable.
      Le lendemain, le plaignant et l’accusé se présentèrent à nouveau devant le prophète David. Comme le plaignant ne faisait que se plaindre davantage, David lui dit :
      « Tais-toi ! Fais le muet et considère que cet homme avait le droit de s’emparer de ta vache. Dieu a protégé ton secret. En échange, accepte de sacrifier ta vache. »
      Le plaignant s’offusqua :
      « Qu’est-ce que c’est que cette justice ? Commences-tu à appliquer une nouvelle loi ? N’es-tu pas renommé pour l’excellence de ta justice ? »
      Ainsi la demeure de David fut-elle transformée en un lieu de révolte. Le prophète dit au plaignant :
      « Ô homme têtu ! Tais-toi et donne tout ce que tu possèdes à cet homme. Je te le dis, ne sois pas ingrat ou tu tomberas dans une situation pire encore. Et tes méfaits seront révélés au grand jour. »
      Le plaignant se prit de colère et déchira ses vêtements :
      « N’est-ce pas plutôt toi qui me tortures ! »
      David tenta, en vain, de le raisonner. Puis, il lui dit :
      « Tes enfants et ta femme deviendront les esclaves de cet homme. »
      Ceci ne fit qu’augmenter la fureur du propriétaire. Il n’était d’ailleurs pas le seul à être indigné car l’assistance, ignorante des secrets de l’inconnu, prenait fait et cause pour le plaignant.
      Le peuple achève le supplicié et adore son tortionnaire.
      Les gens dirent à David :
      « Toi qui es l’élu du Miséricordieux, comment peux-tu agir ainsi ? Pourquoi portes-tu un tel jugement sur cet innocent ? »
      David répondit :
      « Ô mes amis ! Voici venu le moment de dévoiler des secrets qui étaient restés cachés jusqu’à aujourd’hui. Mais, pour cela, il faut que vous m’accompagniez à l’extérieur de la ville. Là-bas, dans la prairie, nous trouverons un grand arbre dont les racines portent l’odeur du sang. Car cet homme qui se plaint est un assassin. Il a tué son maître alors qu’il n’était qu’un esclave et il s’est approprié tous ses biens. Et l’homme qu’il accuse n’est autre que le fils de son maître. Ce dernier n’était qu’un enfant à l’époque des faits que je raconte et la sagesse de Dieu avait caché ce secret jusqu’à aujourd’hui. Mais cet homme est ingrat. Il n’a pas remercié Dieu. Il n’a pas protégé les enfants de celui qu’il a tué. Et voici que ce maudit, pour une vache, frappe de nouveau le fils de son maître ! C’est de ses propres mains qu’il a déchiré le voile qui cachait ses péchés. Les méfaits sont enfouis dans le secret de l’âme mais c’est le malfaiteur lui-même qui les révèle au peuple. »
      David, accompagné de la foule, se rendit à l’extérieur de la ville. Parvenu à l’endroit qu’il avait décrit, il dit au plaignant :
      « Désormais, ta femme qui était la servante de ton maître, tous tes enfants nés d’elle et de toi, tous font partie de l’héritage de cet homme. Tout ce que tu as gagné lui appartient car tu es son esclave. Tu as voulu que la loi soit appliquée eh bien, voici la loi ! Tu as tué son père d’un coup de couteau et si l’on creuse ici, on trouvera un couteau gravé à ton nom. »
      Les gens se mirent à creuser et l’on trouva effectivement le couteau ainsi qu’un squelette. La foule dit alors au pauvre :
      « Ô toi qui appelais la justice de tes voeux, voici ton heure ! »
      Celui qui porte plainte pour une vache, c’est ton ego. Il prétend être le maître. Celui qui a égorgé la vache, c’est ta raison. Si tu souhaites toi aussi gagner sans peine ta subsistance, il faut égorger cette vache.

 

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