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22 avril, 2012

Le vieux musicien (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:37

 

      Du temps du calife Omar, il y avait un vieux musicien qui animait les réunions des hommes de goût. Par sa belle voix, il enivrait même le rossignol.
      Mais le temps passait et le faucon de son âme se transformait en moustique. Son dos devenait comme la paroi d’une cruche. Sa voix, qui autrefois caressait les âmes, commençait à les gratter et à ennuyer tout le monde. Y a-t-il sur cette terre une belle qui n’ait pas souffert de s’enlaidir ? Y a-t-il un plafond qui n’ait pas fini par s’effondrer ?
      Ainsi, notre homme tomba dans le besoin et le pain même vint à lui manquer. Un jour, il dit :
      « Ô mon Seigneur ! Tu m’as accordé une longue vie et comblé de tes faveurs. Durant soixante-dix ans, je n’ai pas cessé de me révolter contre toi, mais tu m’as toujours offert de quoi subsister. Aujourd’hui, je ne gagne plus rien et je suis ton hôte. Je chanterai et pleurerai donc pour toi. »
      Il prit le chemin du cimetière. Là, il joua de l’ud et chanta, versant d’amères larmes. Puis le sommeil s’empara de lui et, prenant son instrument pour oreiller, il s’endormit. Son corps fut libéré des vicissitudes de ce monde. Il était si heureux dans son sommeil qu’il se disait :
      « Ah ! Que ne puis-je rester ici éternellement ! »
      Or, à ce même instant, Omar, le calife de l’Islam, fut lui aussi pris de sommeil. Il se dit :
      « Ce n’est guère l’heure de dormir mais peut-être y a-t-il une raison à cela. »
      Alors une voix de l’Inconnu s’adressa à lui et lui dit :
      « Ô Omar ! Va secourir l’un de mes serviteurs ! Ce pauvre est en ce moment au cimetière. Va lui donner sept cents dinars. Et dis-lui de trouver le repos du coeur. Prie-le d’accepter cette somme et de revenir te voir quand elle sera épuisée. »
      À son réveil, Omar mit la somme indiquée dans un sac et se rendit au cimetière. N’y trouvant qu’un vieil homme endormi, il se dit :
      « Dieu m’a parlé d’un homme pur, d’un élu. Ce ne peut être ce vieux musicien. »
      Et, comme un lion en chasse, il fit plusieurs fois le tour du cimetière. Voyant qu’il n’y avait personne d’autre que le vieillard, il se dit :
      « Il y a des coeurs éclairés dans les coins oubliés. »
      Il s’approcha du musicien et toussa pour le réveiller.
      Le musicien, voyant devant lui le calife de l’Islam, fut pris de peur et se mit à trembler, mais Omar lui dit :
      « Ô vieillard ! N’aie pas peur. Je t’apporte une bonne nouvelle de la part de Dieu. Il t’a considéré digne de ses faveurs. Voici quelque argent. Dépense-le et reviens me voir. »
      À ces mots, le vieil homme se mit à pleurer et, jetant son instrument à terre, il le cassa en disant :
      « C’est toi qui étais le voile entre Dieu et moi ! »
      Omar lui dit :
      « Ce sont tes larmes qui t’ont réveillé. Il est bon de se rappeler le passé. Mais pour toi dorénavant, le passé et le futur sont des voiles. Tu t’es repenti de ton passé et tu dois maintenant te repentir de ton repentir. »

 

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