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11 mai, 2012

Le visage peint (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:51

 

      Il y avait une vieille femme de quatre-vingt-dix ans dont le visage ridé était jaune comme le safran. Ses joues étaient froncées comme un rideau mais l’envie de trouver un époux était encore vivace en elle. Elle n’avait plus de dents et ses cheveux étaient blancs comme le lait. Sa silhouette était aussi courbée qu’un arc et ses sens étaient affaiblis. En un mot, elle était vieille ! Seuls le désir de l’amour et l’envie d’un mari subsistaient en elle. Elle avait bien envie de chasser mais son piège était en ruine. Elle était comme le coq qui chante trop tard, comme un passager égaré. Son feu était nourri mais sa marmite était vide. Elle avait envie de chanter mais n’avait plus de lèvres.
      Quand il perd ses dents, le chien cesse d’importuner les gens. Il n’attaque plus personne et se promène sur le fumier. Mais regardez ces chiennes de plus de soixante ans : leurs dents sont plus acérées que les crocs des chiens ! Quand il vieillit, le chien perd ses poils mais cette vieille chienne s’habille de fourrure et de soie. Si on lui dit : « Que ta vie se prolonge ! » elle en sera ravie et prendra cette malédiction pour une bénédiction. Un tel souhait se concevrait si elle savait quoi que ce soit de l’autre monde, mais cette chienne en ignore tout. Quand l’homme s’use sans avoir connu la maturité, il n’est que vieux. Il n’a aucune manière ni aucune sorte de beauté. Il sent l’oignon. Il n’a ni faveur, ni générosité, ni sens, ni essence.
      Dans l’espoir de devenir une belle mariée, cette vieille femme s’épila les sourcils et se mit devant son miroir pour se maquiller. Elle eut beau se recouvrir de poudre, ses rides n’en persistèrent pas moins. En désespoir de cause, elle imagina de découper des enluminures sur le Coran et de s’en orner le visage, espérant se placer ainsi au rang des beautés. Quand elle enfila sa robe, les enluminures tombèrent à terre et elle les recolla avec de la salive. Comme elles persistaient à ne pas vouloir tenir sur son visage, elle finit par s’énerver et s’écria : « Que Satan soit maudit ! » À cet instant, Satan apparut et lui dit : « Ô vieille catin ! Qu’est-ce que ce maquillage ? Même moi, je n’ai jamais commis pareille aberration. Ce que tu as fait est sans exemple ! Tu n’as même pas hésité à découper les enluminures du Coran ! Toi, tu vaux des armées de Satan ! Laisse-moi en paix, toi qui, pour orner ton visage, as emprunté les ornements du Coran ! »
      Pour te vendre et pour te faire apprécier, tu as volé la parole des hommes. Mais une pièce rapportée est sans valeur de même qu’une branche attachée à un arbre ne donne pas de fruit. Quand la mort te dévoilera, tout ce que tu t’es rajouté tombera.
      Ô vieille femme ! Ne lutte pas contre le destin ! Regarde ton état ! Ne te retourne pas vers le passé. Il n’y a pas d’espoir que tu puisses embellir ton visage. Et que tu le peignes en rouge ou en noir n’y changera rien.

 

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