28 avril, 2012

Le voyage (Soufisme)

Classé dans : — unpeudetao @ 17:20

 

      Ikhtiari nous a laissé ce récit.
     
      Je me trouvais dans le cercle de Sheikh Abbas Ansari lorsqu’un jeune homme entra.
      « Je pars en voyage, dit-il au sheikh, je te serais reconnaissant de me donner des lettres de recommandation auprès des soufis de Perse. »
      Le sheikh, après s’être enquis de son itinéraire, lui dit :
      « Je regrette de ne pouvoir t’aider : je ne peux pas te donner de lettres de recommandation. »
      Le visiteur s’en alla tristement. Dès qu’il fut sorti, Sheikh Abbas commença de dicter des lettres destinées à ceux de ses représentants en Perse qui se trouvaient sur l’itinéraire indiqué.
      Je désirais lui demander la raison de ce comportement singulier, mais le cérémonial en usage pendant les réunions ne le permettait pas.
      Alors que nous étions rassemblés un soir, après une séance de contemplation, Sheikh Abbas nous fit ce commentaire :
      « Si j’avais dit à ce jeune homme d’aller voir ceux de nos amis auxquels j’ai écrit et lui avais annoncé qu’il serait chaleureusement accueilli, il aurait été incapable d’apprendre, parce que j’aurais, ce faisant, enlevé de son esprit la détermination à lutter sans laquelle il lui eût été impossible de tirer profit de ses rencontres. J’aurais aussi attisé son attente, ce qui eût fait obstacle à sa compréhension. »
      Je dis au sheikh :
      « Mais ne va-t-il pas se croire indigne ? Peut-être même va-t-il renoncer à entreprendre le voyage ?
      – S’il renonce, dit le sheikh, c’est signe qu’il est dépourvu en tout état de cause de la résolution nécessaire, et qu’il ne réussira dans aucune entreprise. »
      J’insistai :
      « Ne risque-t-il pas de penser que tu te désintéresses de son sort, puisque tu as refusé de l’aider ? »
      Le sheikh répondit :
      « S’il peut se retourner aussi facilement contre moi, c’est qu’il ne peut apprendre de toute façon. Le chien à qui on a refusé un os essaie de mordre qui le lui a refusé, sans être en mesure de se demander pourquoi.
      – Il est donc peu souhaitable d’éprouver de la gratitude envers celui qui nous est venu en aide ?
      – La gratitude envers un autre a ses limites. Trop compter sur l’aide d’autrui conduit à se mépriser soi-même et engendre à la fin l’opposition. C’est une des raisons pour lesquelles certains s’opposent à ceux qu’ils ont admirés autrefois : ils leur doivent trop. »

 

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2 réponses à “Le voyage (Soufisme)”

  1. unpeudetao dit :

    Les séparations valent mieux que les rencontres malheureuses.
    Anwar-i-Suhaili.

  2. unpeudetao dit :

    La patience est un vêtement qui ne s’est jamais usé.
    Akhhq-i-Mohsini.

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