9 mai, 2012

Le Yéménite (Soufisme)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:13

 

      On rapporte que le grand Imam el-Ghazali était assis un jour, silencieux, avec un groupe de ses élèves, quand on annonça un visiteur du Yémen.
      Dès que l’imam eut fait signe que l’on pouvait poser des questions, le Yéménite lui dit :
      « Comment te connaître, en savoir davantage sur toi, sur tes œuvres et le sens de ta philosophie ? »
      L’imam donna un ordre. On alla chercher cinquante de ses œuvres, et les cinquante volumes furent offerts au visiteur.
      « Étudie ces livres, dit l’imam, tu y trouveras la réponse à ta question. »
      Après le départ du Yéménite, un disciple dit à el-Ghazali:
      « Je ne sais quoi penser de cet échange. L’imam voudrait-il faire un commentaire ? »
      El-Ghazali répondit :
      « Tu apprendras en digérant l’événement. »
      Bien des années plus tard, après la mort de l’imam, quelqu’un qui avait entendu parler de la visite du Yéménite demanda au disciple quelle sagesse il en avait reçue.
      « J’ai finalement compris, dit le disciple, bien que ma paresse naturelle et une réflexion en surface m’en aient longtemps voilé le sens.
      « L’imam donnait au Yéménite une occasion de se familiariser avec son enseignement écrit afin de pouvoir à la fin transcender la forme écrite.
      « L’imam savait, par le comportement du visiteur, l’approche qu’il adoptait, que celui-ci devait d’abord combattre ses préjugés contre les livres.
      – Mais que serait-il arrivé si le visiteur avait conclu que l’imam, en lui offrant ses œuvres, lui avait accordé une faveur particulière ?
      – Le Yéménite aurait échoué.
      – Et que serait-il arrivé si le Yéménite avait passé tout son temps à tenter de forcer le sens des cinquante livres ?
      – Personne ne peut aider pareilles gens.
      – Et que serait-il arrivé si le Yéménite s’était offensé de recevoir de quoi lire, au lieu d’être admis à demeurer en compagnie du maître ?
      – C’eût été la preuve que le Yéménite n’était pas prêt à « être en compagnie » du maître. Ce qui annonce le « compagnonnage » (le contact direct), c’est la volonté de suivre les indications du compagnon. »

 

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Une réponse à “Le Yéménite (Soufisme)”

  1. unpeudetao dit :

    Un bâton a toujours deux bouts.
    Proverbe.

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