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4 février, 2012

L’Eau du Paradis (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 15:13

 

     Harith le Bédouin et sa femme, Nafisa, dressaient leur tente en lambeaux là où ils trouvaient quelques palmiers dattiers, des broussailles pour leur chameau, une mare d’eau saumâtre. Cela faisait des années qu’ils menaient cette existence. Harith s’écartait rarement de sa routine quotidienne : il prenait au piège les rats du désert, pour leur peau ; il confectionnait des cordes en entrelaçant des fibres de palmier, et les vendait aux caravanes de passage.
     Un jour Harith le Bédouin vit une source nouvelle sourdre des sables. Il porta l’eau à ses lèvres, et cette eau, que nous aurions trouvée horriblement salée, lui parut être l’eau même du paradis tant elle était différente de l’eau croupie qu’il avait coutume de boire.
     « Je dois la faire goûter à quelqu’un qui saura l’apprécier », se dit-il.
     Il partit pour Bagdad avec deux outres en peau de bouc qu’il avait remplies à la source, une pour lui, l’autre pour le calife. Il voyagea jour et nuit, ne s’arrêtant que pour se reposer un peu, boire une gorgée et mâcher quelques dattes.
     Une fois arrivé à Bagdad, il alla droit au palais d’Haroun el-Raschid. Les gardes écoutèrent son récit et ne purent faire autrement que de le laisser entrer : la coutume voulait que l’audience publique tenue par le calife fût ouverte à tous.
     « Commandeur des croyants, dit Harith, je suis un pauvre Bédouin, je ne sais pas grand-chose, mais je connais tous les points d’eau du désert. L’eau que je viens de découvrir n’est pas une eau ordinaire, c’est l’Eau du Paradis. J’ai pensé qu’elle était digne de toi, et je suis venu sans tarder t’en offrir une outre. »
     Haroun le Loyal y goûta, et, parce qu’il comprenait son peuple, dit aux gardes d’emmener Harith et de l’enfermer un moment dans une pièce. Puis il appela leur chef pour lui faire connaître sa décision :
     « Ce qui n’est rien pour nous est tout pour lui. La nuit venue, faites-le sortir du palais. Ne le laissez pas voir les eaux du Tigre. Escortez-le jusqu’à sa tente sans jamais lui permettre de boire de l’eau douce. Puis donnez-lui mille pièces d’or, et remerciez-le de ma part pour ce qu’il a fait. Dites-lui qu’il est le Gardien de l’Eau du Paradis. Qu’il l’offre en mon nom à tous les voyageurs ! »

 

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Une réponse à “L’Eau du Paradis (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    On appelle parfois cette histoire « L’histoire des deux mondes ». Elle est attribuée à Abu el-Atahiyya, membre de la tribu arabe des Aniza et contemporain d’Haroun el-Raschid. Il fonda l’Ordre derviche maskhara (« les gens de la Fête »), devenu mascara dans les langues occidentales. L’Ordre s’est ramifié en divers pays, dont l’Espagne et la France.

    El-Atahiyya est considéré comme « le père de la poésie arabe sacrée ». Il est mort en 828.

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